Appel à contribution - Entre migration et mobilité : formes, logiques et figures des itinéraires transnationaux contemporains


Entre migration et mobilité : formes, logiques et figures des itinéraires transnationaux contemporains

Proposition attendue pour le 15 avril 2015

La revue Émulations invite les doctorants, post-doctorants et jeunes chercheurs à faire état de leurs recherches en cours sur les migrations et mobilités actuelles, à explorer les formes, logiques et figures des itinéraires transnationaux contemporains et à réfléchir à la manière dont les sciences sociales s’en saisissent.    

L’étude des migrations internationales en sciences sociales a longtemps concerné les flux de populations en provenance des pays du « Sud », liés aux appels de main-d’œuvre et aux programmes d’immigration, dans les sociétés marquées par l’essor industriel et l’urbanisation croissante. La figure du « travailleur immigré », caractéristique de ces flux, a progressivement été institutionnalisée comme archétypique des phénomènes migratoires.

Au cours des trente dernières années, les recherches inscrites dans la socio-anthropologie des circulations et les théories du transnationalisme ont permis d’envisager la multiplicité des expériences et des figures de la migration et mis en évidence les changements de statuts qui traversent les trajectoires migratoires. Elles ont questionné le rôle de l’Etat dans la recomposition ou l’affaiblissement de certaines dynamiques. L’importance croissante des réseaux transnationaux dans l’organisation des phénomènes migratoires, ainsi que la diversité de leurs formes (familiales, religieuses, professionnelles, entrepreneuriales, criminelles, affairistes…) ont été montrées. La pluralité des flux, des axes et des itinéraires transnationaux, avec l’étude, par exemple, des migrations subsahariennes vers l’Afrique du nord, de celles internes au continent africain, des migrations réciproques entre l’Afrique et l’Asie du Sud-est ou des migrations nord-africaines vers le Moyen Orient a été mise en évidence. Dans ce prolongement, les migrations ont été analysées au prisme de la mobilité : au cœur des circulations transnationales s’imbriquent en effet de multiples déplacements géographiques et sociaux, qui participent activement à la stratification des sociétés, redéfinissent les enjeux de production et façonnent les expériences de l’homme contemporain.

Si la littérature scientifique sur les migrations est abondante et propose désormais des orientations plurielles, les études concernant certains parcours transnationaux, dont quelques-uns sont pourtant anciens, restent toutefois discrètes. C’est notamment le cas des recherches s’intéressant aux itinéraires partant des pays du Nord en direction des pays du Sud ou vers de nouvelles régions émergentes, qu’ils soient mus par l’entrepreneuriat, l’expatriation ou le loisir ; aux itinéraires féminins, liés aux services à la personne, à la prostitution ou au commerce ; à ceux inscrits dans des activités affairistes et/ou criminelles ; aux itinéraires des élites représentées par les mondes étudiants, le personnel des organisations internationales et de l’enseignement, ou encore à ceux inscrits dans les réseaux libanais ou indiens des continents africain et latino-américain.

Ce numéro voudrait apporter des éclairages descriptifs et théoriques sur ces « mondes migrants » ou « mondes mobiles » contemporains. Les itinéraires transnationaux qui s’y dessinent incitent à réfléchir aux articulations et passages entre les catégories d’analyses « mobilité » et « migration » : les changements de statuts individuels s’accélèrent, se multiplient et se superposent, tandis que ces parcours s’inscrivent dans des logiques globales qui échappent parfois aux catégories descriptives élaborées jusqu’ici par les sciences sociales, les institutions et les medias, telles que « migrants », « immigrés », « émigrés », « expatriés », « touriste ». Les frontières sociales, économiques, identitaires et politiques des groupes et des États y sont, en effet, mises à l’épreuve. Ces itinéraires interrogent également la segmentation de plusieurs champs de recherche, comme ceux portant sur le tourisme ou les migrations, en mettant en exergue des recoupements de réseaux et de figures souvent pensés comme distincts : touriste et migrant, expatrié et émigré, par exemple.

Toutes les disciplines des sciences sociales sont invitées à apporter leur contribution à ce numéro. Nous proposons d’aborder l’étude de ces itinéraires selon plusieurs axes, non exclusifs et transversaux, parmi lesquels :

 

¾    La réorientation Nord-Sud de certains flux (pratiques et activités des individus qui quittent les pays du Nord pour s’installer dans des pays du Sud)

¾    Les mouvements de bascules statutaires qui caractérisent les trajectoires individuelles (de l’étudiant au travailleur, du commerçant au trafiquant, du touriste au résident, de l’expatrié à l’immigré, etc.),

¾    L’articulation des rapports sociaux de classe, d’ethnicisation et de genre au sein de ces phénomènes migratoires,

¾    Le rôle des États et des institutions,

¾    Le rôle des réseaux dans l’organisation des phénomènes migratoires et leurs formes de stratification et d’intégration sociale,

¾    Les implications méthodologiques de ce type de recherches, notamment sur l’ethnographie des expériences migratoires comme outil heuristique.

Coordinatrices du numéro :

Marie Peretti-Ndiaye (CADIS, EHESS)

Hélène Quashie (IMAF, EHESS)

Liza Terrazzoni (CADIS, EHESS)

Modalités de soumission :

·         L’acceptation des propositions sera attendue pour le 30 avril 2015 

·        Les articles devront être remis au plus tard le 30 juillet 2015 : envoi des manuscrits (25000 à 30000 signes espaces compris)

·         30 octobre 2015 : retour du comité de lecture vers les auteurs.

·         30 décembre 2015 : réception des articles finalisés


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