La construction scientifique des sexes

Sexe, race et médecine

Anatomie et sexualité des Africain·e·s sous l’œil des médecins français (1780-1950)

Par Delphine Peiretti-Courtis

Mis en ligne le 18 août 2015
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[Résumé] Le corps des Africain·e·s devient, à partir de la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, un objet d’étude prisé des médecins français dans un contexte où la taxinomie raciale et les contacts entre Africain·e·s et Européen·ne·s se développent. Les médecins métropolitains, assistés ensuite des médecins coloniaux, dissertent sur l’anatomie des Noir·e·s d’Afrique et sur les contours de leur altérité raciale et sexuelle. Les femmes d’Afrique, et plus particulièrement les Hottentotes et les Boschimanes du Sud du continent, semblent incarner leur race à travers leurs caractères sexuels décrits comme exubérants : la stéatopygie et le tablier. Les attributs sexuels des femmes noires ne constituent pas uniquement un marqueur racial intéressant pour les médecins, leur analyse leur permet aussi d’émettre des hypothèses sur l’hypersexualité africaine. À ces imaginaires médicaux sur le sexe et la sexualité des Africain·e·s s’ajoutent, dans les écrits des médecins français jusqu’au milieu du XXe siècle, de nombreux questionnements sur les causes des mutilations sexuelles.

Mots-clés : Race, sexe, médecine, colonies, Afrique.

 

[Abstract] From the late eighteenth century and throughout the nineteenth century, the body of the African people becomes for French physicians an object of study in the context of the development of racial taxonomy and contacts between Africans and Europeans. Metropolitan doctors, assisted by colonial doctors, study the anatomy of the African Black peoples and the contours of their racial and sexual otherness. Black women in Africa, and especially the Hottentots and Bushmen of sou- thern Africa, seem to embody their race by their sexual characteristics, described as exuberant : steatopygia and apron. Beyond a racial marker, the analysis of sexual attributes also allows doctors to speculate on the African hypersexuality. In addition to these medical fantasies about sex and sexuality of the Africans, physicians also discuss the causes of genital mutilation until the middle of the twentieth century.

Keywords : Race, gender, medicine, colonies, Africa.

Les Négresses, en général, sont vives, amoureuses, brûlantes comme leur climat. Les éloquentes émotions, les transports, les ravissements, les fureurs de l'amour et les convulsions du plaisir ; tels sont, sans doute, les charmes qui, souvent, ont transformé en passion violente le goût des Européens pour ces femmes. (Moreau de la Sarthe, 1803, 515)

Voilà comment Jean-Louis Moreau de la Sarthe, médecin et anatomiste français, présente les femmes noires africaines au début du XIXe siècle. Perçues comme deux ensembles monolithiques, à l’instar des hommes noirs, les Africaines des deux sexes sont décrites dans la littérature médicale française comme dotées d’attributs sexuels hypertrophiés et d’une sexualité débordante. La race, le climat et la culture auraient favorisé chez eux la prédominance des organes et de l'activité sexuels au détriment du cerveau et de l'activité intellectuelle, surdéveloppés dans la race blanche, et plus spécifiquement dans sa partie masculine (Virey, 1824 [1801], 249).

Les organes sexuels et la sexualité des Africain·e·s font l’objet de l’intérêt des savants français et européens, qui voient en eux une différence signifiante et fondamentale entre la race noire et la race blanche, la marque de la distinction entre la sauvagerie et l’excès d’un côté, la civilisation et la modération de l’autre. Le corps devient un outil de lecture de l’altérité. Il permet de distinguer et d’ordonnancer l’humanité en différents groupes, classés et hiérarchisés selon des critères choisis par des scientifiques européens. Le corps médical, dont la fonction est d’étudier et d’agir sur les corps, acquiert alors un rôle majeur dans la description de cette altérité, dont l’anatomie constitue l’enveloppe et la marque la plus visible.

Entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XXe siècle, les médecins français s'intéressent particulièrement à l'étude du corps des indigènes, à leurs particularités raciales et sexuelles. Le corps de l'Autre, de la femme ou de l'étranger, suscite l'intérêt des scientifiques depuis l’Antiquité, chez Hippocrate, Platon ou Aristote notamment, mais la découverte de nouveaux peuples, avec la multiplication des explorations scientifiques à l’époque des Lumières, et l'accroissement des contacts entre Européen·ne·s et Africain·e·s avec l’expansion coloniale au milieu du XIXe siècle, engendrent une ère scientifique nouvelle. La nécessité d’étudier, de comprendre et de classifier la diversité humaine émerge. En outre, l'histoire naturelle du XVIIIe siècle, avant la médecine et l'anthropologie du siècle suivant, fournit les premières classifications des espèces vivantes, végétales, animales et humaines avec Linné, naturaliste suédois, Buffon, naturaliste français ou encore Blumenbach, naturaliste et anthropologue allemand. Dans un contexte de sécularisation du savoir, d’effervescence de la science et d’intérêt croissant pour la question des origines de l’humanité, plusieurs polémiques apparaissent (Gould, 1988 ; Diasio, 1999). Elles opposent les fixistes et les créationnistes aux transformistes et aux évolutionnistes, et les monogénistes aux polygénistes depuis le XVIIIe siècle et jusqu’aux premières décennies du XXe siècle[1] (Blanckaert, 2001). Ces controverses alimentent et encouragent la réalisation de travaux sur les races humaines. Au-delà de ces débats, l’anatomie comparée, popularisée par Cuvier au début du XIXe siècle, entraîne aussi le développement des études comparatistes entre les différents groupes humains. Les médecins tentent, en outre, au XIXe siècle et jusqu'au milieu du XXe siècle, de préciser les classifications raciales avec l'apport de techniques nouvelles. L’anthropologie et les techniques anthropométriques apparaissent dans ce contexte, au milieu du XIXe siècle, fournissant un cadre théorique et des outils de mesure précis pour étudier les races humaines. Les médecins de la Marine, présents sur le terrain africain à partir des années 1860, contribuent à enrichir la raciologie en fournissant aux médecins-anthropologues de métropole des informations empiriques sur les Africain·e·s, dont le corps incarne, pour les savants, l’acmé de l’altérité. Les monographies sur les races humaines se multiplient durant le XIXe siècle pour se faire plus rares au milieu du siècle suivant. L’utilisation des théories raciales par le régime nazi, à des fins destructrices, la caution et l’aide logistique apportées par des médecins à l’entreprise génocidaire, et la fin des Empires coloniaux entraînent un désaveu de la raciologie et de ses pratiques.

Dans la lignée des travaux sur l’intersectionnalité de Colette Guillaumin, d’Elsa Dorlin ou encore d’Ann Laura Stoler, cette étude vise à mettre en évidence la façon dont les catégories de sexe et de race s’enchevêtrent dans l’analyse médicale du corps africain et sont soumises aux mêmes procédés rhétoriques de naturalisation et d’infériorisation. Le choix d’étudier le regard que les médecins français, porteurs de savoir et acteurs du pouvoir à l’ère du scientisme triomphant (Foucault, 1976), portent sur les femmes noires africaines, victimes d’une double discrimination, de sexe et de race, permet d’apporter une contribution à ce champ historiographique. Notre corpus de sources, constitué de dictionnaires médicaux, de monographies sur les races humaines, d’articles de médecine coloniale, mais aussi d’encyclopédies généralistes, souligne l’interaction des savoirs et des représentations des médecins de cabinet en métropole et des médecins coloniaux sur le terrain, ainsi que la réception de leurs discours dans l’opinion publique. De plus, l’analyse sur le temps long, de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XXe siècle, a pour objectif de dresser un panorama de l’évolution et des permanences des stéréotypes sur le sexe et la sexualité africaine.

Cet article propose de comprendre en quoi l’étude médicale du corps des Africain·e·s, souvent réduite à l’analyse des attributs sexuels, donne lieu à l’édification de théories plus générales sur la sexualité de la race noire, sur son degré de développement et son statut sur l’échelle humaine. Nous nous intéresserons plus spécifiquement aux discours sur les organes sexuels et la sexualité des femmes africaines dans la littérature médicale française, des années 1780 aux années 1950, les femmes incarnant, pour les médecins, le sexe au sein de la race. Nous montrerons, tout d’abord, comment les attributs sexuels des femmes noires, d’Afrique du Sud notamment, deviennent des marqueurs raciaux pour les médecins français, avant d’analyser les causes imputées à la supposée « hypersexualité » africaine et, enfin, la façon dont les théoriciens de cabinet et les praticiens de terrain envisagent les mutilations sexuelles au cours de cette période.

1.        Les attributs sexuels comme caractères de race : le cas du Cap de Bonne Espérance et de la Sénégambie

Afin de comprendre comment les caractères sexuels sont devenus un critère de distinction et d'identification des Africain·e·s dans le discours médical, deux régions d'Afrique abondamment étudiées par des médecins français, des naturalistes et des explorateurs, nous éclairent : le Cap de Bonne-Espérance, l'Afrique du Sud actuelle, et la Sénégambie, la région du Sénégal et de la Gambie actuelle.

Les peuples hottentots ou Khoï-Khoï, éleveurs, et les peuples Boschimans ou San, chasseurs-cueilleurs, sont deux groupes du peuple khoïsan présent en Afrique du Sud, en Namibie et au Bostwana. Ils ont été décrits pour la première fois au XVIe siècle par des explorateurs portugais puis aux XVIIe et XVIIIe siècles par des voyageurs français tels que Levaillant et Péron, hollandais comme Ten Rhyne, suédois, anglais ou allemands comme Sparmann, Barrow ou Kolbe (Fauvelle-Aymar, 2002). Le Cap de Bonne-Espérance passe sous la coupe des Pays-Bas au XVIIe siècle puis de l’Angleterre à partir du XIXe siècle. Ce territoire n'a jamais été colonisé par la France, mais les autochtones d'Afrique australe ont suscité beaucoup d'intérêt chez les médecins français du XIXe siècle tels que Virey, Broc, Desmoulins ou Godron (Virey, 1824 [1801] ; Desmoulins, 1826 ; Broc, 1836 ; Godron, 1848). Ces populations sont connues par les récits de voyage (Kolbe, 1741), les gravures ou encore les dissections de quelques individus boschimans et hottentots par Cuvier en France en 1815 ou Flower et Murrie en Grande-Bretagne en 1864 (Cuvier, 1817). Si les médecins français se sont peu déplacés sur la terre des Hottentot·e·s et des Boschiman·e·s, quelques-uns ont pu les observer en France dans les expositions du Jardin Zoologique d'Acclimatation de Paris en 1888 et lors de l'Exposition universelle de 1889 (Blanckaert, 2001). Les descriptions faites par des anthropologues lors de ces exhibitions, tels Deniker ou Topinard, mettent en exergue les spécificités anatomiques des femmes hottentotes et boschimanes (Topinard, 1887, 1889 ; Deniker, 1889). Malgré les connaissances lacunaires des scientifiques français sur les prétendues particularités raciales des Khoisanes, les références à leurs caractéristiques physiques, la stéatopygie, une hypertrophie fessière, et le tablier, une élongation des lèvres génitales, étayent la plupart des ouvrages médicaux français sur les races humaines et sur l'Afrique jusqu'aux premières décennies du XXe siècle (Deschamps, 1857-59). Par leur appartenance à la race noire et par leurs formes sexuelles exubérantes, les femmes de ce peuple entretiennent l'imaginaire exotique et scientifique. Elles nourrissent les stéréotypes sur la différence anatomique et sexuelle des peuples noirs vis-à-vis des populations blanches, symbolisant par ailleurs l’altérité la plus extrême au sein du monde africain. Saartjie Baartman, surnommée la Vénus hottentote, est la femme boschimane la plus célèbre en Europe au XIXe siècle. Perçue comme la représentante du peuple khoisan et parfois même de la féminité noire en général, elle a suscité des discours nombreux et prolixes au sein de la sphère scientifique française. Exhibée en France en 1814, après avoir été enlevée en 1810 au Cap de Bonne Espérance puis donnée en spectacle à Londres dans des foires aux monstres, elle est présentée au public européen pour ses spécificités raciales et sexuelles (Denean Sharpley-Whiting, 1999 ; Blanckaert, 2013). Elle passe ensuite sous la coupe des savants français, qui la mesurent et l'analysent, avant d'être disséquée par le célèbre anatomiste et paléontologue Georges Cuvier en 1815. Le rapport de sa dissection établit l'origine purement raciale et innée de la stéatopygie et du tablier, et s’oppose ainsi aux écrits de Levaillant, largement connus de la communauté scientifique française, qui imputaient à ces particularités physiques des causes culturelles (Cuvier, 1817 ; Le Vaillant, 1790). La race devient en effet, au cours du XIXe siècle, l’élément explicatif de la plupart des spécificités corporelles et des divergences physiques entre les peuples avant que le climat et la culture ne regagnent du terrain dans les premières décennies du siècle suivant. L’hypothèse culturelle, reprise plus tard par quelques médecins français, est progressivement acceptée par une partie de la communauté savante au milieu du XXe siècle (Gaillard, 1907, 115 ; Lefrou, 1943, 360). La thèse de l’origine raciale du tablier et de la stéatopygie demeure néanmoins encore diffusée dans des ouvrages renommés comme ceux des anthropologues Vallois ou Marquer dans les années 1960 (Vallois, 1960, 58-59 ; Marquer, 1967, 10).

Les conclusions de Cuvier sur la dissection de la Vénus hottentote constituent une référence pour les médecins français et européens jusqu'au début du XXe siècle ainsi que pour quelques médecins et naturalistes américains célèbres tels que Nott, Gliddon, Morton, Agassiz, Usher, ou Patterson dans les années 1850 (Nott et al., 1854). Les femmes africaines observées par la suite sont jugées et décrites à l'aune de ce qui devient pour la science un spécimen racial. Ainsi, dans les recommandations de médecins, chirurgiens et anthropologues célèbres tels Paul Broca, ou de zoologistes réputés comme Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, la recherche de la stéatopygie ou du tablier chez les femmes de Sénégambie est explicite :

Trouve-t-on chez certaines femmes, comme dispositions plus ou moins exceptionnelles, ce développement considérable des nymphes et ces tumeurs graisseuses des fesses qui constituent un caractère ethnologique pour certaines races de l'Afrique australe, mais qu'on a récemment observés à l'état sporadique chez un grand nombre de négresses dans l'Afrique orientale, notamment en Abyssinie ? (Saint-Hilaire et al., 1860)

Leurs Instructions pour le Sénégal, destinées au chirurgien Barthélémy Benoît en partance pour le Sénégal en 1860, reflètent ainsi la collaboration naissante entre raciologues de métropole et praticiens des colonies, le savoir théorique en quête d’expériences pratiques. Les peuples de Sénégambie sont pourtant mieux connus des savants français que les peuples Hottentots et Boschimans car des comptoirs ont été établis dans cette région depuis le XVIIe siècle avant que le Sénégal ne devienne une colonie française dans les années 1860. Les médecins de cabinet et de terrain vont pourtant rechercher, dès le milieu du XIXe siècle, la présence de la stéatopygie et du tablier « hottentot » chez les femmes de Sénégambie et d'autres régions d'Afrique comme le Tchad, l’Ethiopie ou le Congo (Verrier, 1892). Lorsque De Rochebrune, médecin colonial au Sénégal, écrit en 1877 sur « la femme et l'enfant dans la race ouolove » (De Rochebrune, 1877, 8), ethnie du Sénégal, il recherche également la stéatopygie chez les Sénégalaises. Il compare notamment, dans des tableaux anthropométriques, la circonférence fessière des femmes européennes présentées comme la norme, avec celle des femmes de Sénégambie, vues comme le type médian, et des Boschimanes, perçues comme le type extrême, en prenant pour modèle de référence, les mensurations de la Vénus Hottentote (Ibid, 8). Les stéréotypes nombreux circulant sur le corps des Hottentotes et des Boschimanes guident les praticiens dans leurs études des corps noirs. Leur anatomie, décrite, analysée et représentée depuis plusieurs siècles dans les récits de voyage, constitue une grille de lecture pour analyser les populations africaines dans la visée raciologique nouvelle du XIXe siècle. L’objectif est de préciser la taxinomie raciale et de mettre en lumière la phylogénie des populations de race noire ou au contraire la diversité qui existe entre elles.

Si la stéatopygie constitue pour les raciologues du XIXe siècle un caractère propre à la race noire, dans les premières années du XXe siècle, certains médecins français la signalent toutefois chez des femmes blanches (Baroux et Sergeant, 1906), relativisant ainsi son caractère racial. Néanmoins, la distinction perdure. Si des femmes noires et blanches peuvent détenir des traits corporels communs, la stéatopygie demeure encore innée et raciale pour les femmes d'Afrique du Sud alors qu’elle est considérée comme une caractéristique individuelle, exceptionnelle voire pathologique pour les Blanches (Baroux et Sargeant, 1906, 7-11 ; Michiels, 1926, 10-11). Ainsi, la généralisation caractérise le regard porté sur les Africaines tandis que l'individualité prime pour les Européennes.

Les attributs sexuels seraient donc considérés comme des marqueurs raciaux permettant d’identifier les femmes noires et plus particulièrement les Hottentotes et les Boschimanes du sud de l’Afrique, mais ils constitueraient également, pour les médecins, un révélateur de l'activité sexuelle des Africain·e·s.

2.        L’hypersexualité africaine : une origine innée, climatique ou culturelle ?

Si, durant le XIXe siècle, la stéatopygie et le tablier sont considérés comme des caractéristiques raciales exacerbées chez les Khoisanes, les femmes noires d’Afrique, souvent indissociées lorsqu’il s’agit de parler de leur sexe, sont également décrites comme ayant des attributs sexuels hypertrophiés, à l'instar des hommes dont le sexe est toujours décrit comme proéminent. Il est intéressant de noter que, dans la littérature médicale, la taille des organes sexuels semble déterminer ou bien révéler l'activité sexuelle. En effet, selon la théorie transformiste du scientifique Lamarck, développée en 1809, la fonction développe l'organe et l'inaction entraîne son atrophie (Lamarck, 1809). Ainsi, le fait d'avoir une sexualité active explique, dans ce raisonnement, le surdéveloppement des organes sexuels. Julien Joseph Virey, naturaliste et anthropologue français, défend cette idée dans le Dictionnaire des Sciences médicales à l'article « Femme » paru en 1815 :

Si nous examinons les femmes de la race, ou plutôt de l'espèce nègre, nous leur trouverons généralement une disposition plus grande à la lasciveté, et même une conformation particulière dans les organes sexuels. Comme cette espèce d'hommes est moins propre au développement des facultés intellectuelles, elle est aussi plus disposée aux fonctions purement physiques […] Les négresses sont pareillement conformées dans la même proportion. (Virey, 1815, 513)

Dans le même dictionnaire, en 1819, le docteur Patissier affirme à l'article « Pénis » : « le développement des organes génitaux est proportionnellement moins considérable que celui des autres parties : au contraire, leur volume est énorme chez ceux qui abusent des plaisirs de Vénus » (Patissier, 1819, 173). Le préjugé de l'hypertrophie du sexe des hommes et femmes noirs traverse les discours médicaux du XIXe siècle[2] (Boëtsch et Savarese, 1999, 123-137). Le lien entre l’exacerbation anatomique et la pratique sexuelle est avancé par les médecins français au cours du XIXe siècle, à l’instar du docteur Clavel. En mission dans le nord de l'Afrique dans les années 1840, il met en avant sa pratique de terrain pour soutenir le lieu commun sur l'hypersexualité africaine et la corrélation entre anatomie sexuelle et sexualité :

L’amour du nègre. C’est une passion qui veut être assouvie à tout prix et qui ne recule pas devant la violence […] elle semble sortir du cœur pour se concentrer dans un appareil sexuel développé outre-mesure […]. Le volume de l’appareil sexuel est, en effet, l’un des caractères de la race éthiopienne. (Clavel, 1860, 89)

Ces théories développées dans des œuvres spécialisées sont diffusées au grand public par le biais d'ouvrages et d'encyclopédies généralistes, à l'instar du Dictionnaire Larousse paru en 1872 où l'on retrouve la citation de Virey publiée soixante ans auparavant (Larousse, 1872, 202-216).

Pour les scientifiques français du XIXe siècle, l'hypersexualité africaine s’explique par des causes innées, l’anatomie, la physiologie et les humeurs, mais aussi par des facteurs exogènes comme le climat, qui constitue la plus ancienne cause avancée pour expliquer les excès génésiques en Afrique (Dorlin, 2006, 19-26 & 221-230). Si l’inné s’impose au cours du XIXe siècle dans les explications sur la diversité humaine, c’est en vertu de la théorie polygéniste qui domine la pensée savante à cette période. Le climat demeure néanmoins, de manière relativement constante durant la période étudiée, une cause centrale de la sexualité immodérée et incontrôlée en Afrique. Le docteur Macquart explique bien l'influence du climat sur la sexualité dans cette phrase extraite de l'Encyclopédie de médecine en 1798 :

Dans les climats très chauds l'amour est dans les deux sexes un désir aveugle et impétueux, une fonction corporelle, un appétit, un cri de la nature, que dans les pays tempérés c'est une passion qui tient plus au moral, qu'on calcule. (Macquart, 1878, 63)

On retrouve le même type d'explication dans le Dictionnaire Larousse en 1872. Les températures ardentes, associées à un célibat prolongé, seraient aussi à l’origine de la défaillance des hommes blancs aux colonies, qui succomberaient aux tentations des femmes noires (Stoler, 2013, 213-214). Les médecins de la Marine, Lacaze, Nicolas et Signol, s’expriment ainsi à ce sujet en 1885 : « Nos souvenirs des tropiques nous ont laissé des impressions un peu différentes. Que la chaleur en soit ou non la cause, l'Afrique, en particulier, nous a paru l'une des contrées du globe où l'instinct génésique est le plus surexcité » (Nicolas et al., 1885, 211). Dans ces discours, les esprits civilisés, raisonnés et modérés seraient favorisés dans les milieux tempérés comme la France. L'Afrique serait en revanche le creuset des excès, climatiques, sexuels et corporels. Ce sont, en outre, ces excès sexuels que la colonisation avec l'apport de la civilisation, présentée comme un modèle de tempérance, se propose de canaliser. La thèse du surdéveloppement des attributs sexuels de la race noire et de l'hypersexualité africaine est néanmoins progressivement remise en question par des médecins, essentiellement de terrain, au milieu du XXe siècle à l’instar du docteur Lefrou, médecin en chef de 1ère classe du corps de santé colonial en Afrique Occidentale Française (Lefrou, 1943, 234). Ce dernier, influent dans le monde médical, réfute l’argument racial pour mettre en avant l’importance du facteur individuel.

Face au discours dominant sur la sexualité immodérée des Africain·e·s, quelques voix s’élèvent dès les années 1870, et plus particulièrement au début du XXe siècle, pour dénoncer la « civilisation » et valoriser la « nature » et l’« innocence » des indigènes. La culture européenne serait porteuse de vices sexuels tandis que, pour de nombreux savants, les Noir·e·s pratiqueraient une sexualité « naturelle » et ne connaîtraient pas la notion d’acte sexuel déviant. Lorsque René Trautmann, médecin colonial au Congo, évoque en 1922 l'idée de non-perfectionnement de la sexualité chez les Noir·e·s d’Afrique, il sous-entend que les pratiques sexuelles sont simples et guidées par l'instinct comme dans le règne animal (Trautman, 1922). Il signale, à l'instar du docteur Jacobus en 1896, des administrateurs coloniaux de Haute-Volta, Burkina-Faso actuel, ou du Dahomey, Bénin actuel, comme Louis Tauxier en 1917 ou plus tard Denis Pierre de Pedrals en 1949 (Jacobus X., 1893, 152 & 257 ; Tauxier, 1917 ; Pierre de Pedrals, 1950), que les vices contre-nature sont le produit des peuples civilisés et que les Africain·e·s sont louables pour leur sexualité vertueuse. Si ces médecins réhabilitent la moralité et la sexualité reproductive des populations noires, ils diffusent également l'image de peuples proches de la nature et de la bête, soumis à leurs pulsions sexuelles et pratiquant une sexualité irréfléchie et incontrôlée à l’inverse des peuples civilisés d’Europe. Des critiques de la civilisation émergent donc au début du XXe siècle mais elles sont également là pour rappeler les mœurs naturelles des Africain·e·s.

Si l’hypertrophie des organes génitaux et l’hypersexualité constituent quelques-unes des caractéristiques des peuples noirs pour les scientifiques français, les mutilations sexuelles représentent pour eux un moyen de réparer les excès de la nature.

3.        Les mutilations sexuelles : de la caution médicale à la dénonciation

Un autre thème relatif au sexe et à la sexualité des Africain·e·s évoqué de manière récurrente dans les écrits des médecins depuis la fin du XVIIIe siècle concerne les mutilations génitales. Compte tenu de son ampleur, cette question ne peut être abordée de manière exhaustive dans notre article, mais il est important d’en dire quelques mots car elle entre dans le cadre du discours médical sur « l'objet sexe » en Afrique.

La circoncision masculine suscite peu d’interrogations et de développements dans la littérature médicale française au XIXe siècle. Les auteurs signalent ce phénomène en Afrique comme un élément de la culture en décrivant les différentes fêtes auxquelles donnent lieu ce rite, mais ne s’attardent pas véritablement sur les causes de cette pratique (Lasnet, 1900, 25). Mieux connue des savants européens que l’excision, car des personnes juives et musulmanes la pratiquent, le motif religieux de la circoncision est celui qui demeure avancé et reconnu par la plupart des médecins français durant la période étudiée (Talbot, 1900, 282), malgré quelques auteurs qui, à la fin du XVIIIe siècle, imputent la cause de la résection du prépuce à sa taille excessive (Hallé, 1787, 315).

L'excision suscite en revanche, des questionnements et des descriptions prolixes dans les discours médicaux. Les médecins semblent, pour la plupart, cautionner cet acte à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle. L'excision est une pratique culturelle qui permet, selon eux, de rectifier ce que la nature a exagéré. En effet, le clitoris ou les petites lèvres génitales des femmes africaines étant considérées comme hypertrophiés par les médecins, l'excision est perçue comme un moyen de remédier à cette anomalie de race. Si elle est pratiquée depuis l’Antiquité chez des femmes grecques et romaines et encore au XIXe siècle sur des femmes européennes, cela demeure exceptionnel d’après les médecins. Elle n’est utilisée qu’en cas de pathologie ou de difformité innée tandis qu’elle est préconisée, par les mêmes docteurs, pour l’ensemble des femmes africaines dans la mesure où l’hypertrophie du clitoris ou des petites lèvres constituerait, chez elles, un phénomène racial et non individuel. Les docteurs Chambon en 1792, Murat en 1819, le naturaliste et géographe Bory de Saint Vincent en 1827, ou encore le médecin de terrain Corre en 1882, considèrent l'excision comme une pratique légitime et nécessaire (Chambon, 1792, 885-886 ; Murat, 1819, 596 ; Bory de Saint Vincent, 1827 ; Corre, 1882, 1-6). Cet acte permettrait aux femmes de retrouver un organe sexuel normal, d'être supportables à leur mari, d'éviter la gêne pendant le coït et de faciliter la reproduction. Il doit enfin minimiser les risques de nymphomanie (Dorlin, 2006, 72-73). Si l’une des raisons qui motive l’excision, le contrôle de la sexualité féminine, est reconnue avant le XIXe siècle, c’est au cours du premier XXe siècle que les médecins français la reconnaissent comme l’unique cause de l’excision et la condamnent unanimement. Le médecin colonial Claude Chippaux dénonce, dans son ouvrage sur les mutilations sexuelles en 1960, une pratique qu’il juge inhumaine et barbare (Chippaux, 1960, 36). Il rappelle en outre, à l'instar d'autres médecins comme Joseph Vassal en 1925, directeur du Service de Santé de l'Afrique Equatoriale Française, l'importance de la colonisation pour réprimer ce type d'acte et civiliser des peuples aux coutumes décrites comme archaïques et sauvages (Vassal, 1925).

À travers ses travaux sur les corps noirs, la littérature médicale française, depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, a contribué à façonner l’image d’une race hypersexualisée, à la fois dans son anatomie, mais aussi dans ses pratiques. Les présupposés diffusés ont eu d'autres répercussions. Ils ont dressé le portrait de populations inférieures intellectuellement, privilégiées sous le rapport des organes sexuels et privées par le déterminisme biologique et climatique de la faculté de commander et de diriger. La colonisation s’est vue ainsi légitimée par ce type de démonstrations scientifiques (Virey, 1815, 513). Si les nuances et les évolutions du discours médical sur le sexe et la sexualité des Africaines sont perceptibles dans les années 1940-1950, les stéréotypes ont perduré après cette période. L'héritage de la pensée savante du XIXe siècle est perceptible en outre dans un article de la Grande Encyclopédie Larousse sur les races humaines paru en 1976. Dans cette rubrique, les femmes d'Afrique du Sud sont encore décrites par leurs attributs sexuels, lesquels sont encore considérés comme spécifiques à leur race :

Chez les femmes, il y a forte saillie en arrière de la région fessière avec accumulation de graisse sous-cutanée (stéatopygie), ainsi qu'un allongement considérable des petites lèvres de l'orifice vulvaire (« tablier des Hottentotes »). (Larousse, 1971-1976, 11393)

Tablier reconnu aujourd’hui, et dès le XVIIIe siècle par Levaillant, comme provenant d'un façonnement volontaire, d'une pratique ethnique et non d'une origine innée et raciale (Fauvelle-Aymar, 146-152). Le concept de race et la méthode d’identification d’un groupe de population par son corps et ses attributs sexuels survivent donc aux tentatives de déconstruction menées par les scientifiques dans les années 1950 (voir par exemple Unesco, 1950 ; Dunn, 1951 ; Levi-Strauss, 1952).

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[1] Le fixisme est une théorie scientifique considérant que les êtres vivants n’ont pas évolué au cours du temps. Cette conception d’une nature immuable, défendue notamment par Cuvier, rejoint celle du créationnisme. Dans cette idéologie, la nature et les espèces ont été créées par Dieu et leur apparence serait restée fidèle, au cours de l’histoire, à la création originelle. Ces thèses s’opposent aux théories transformistes et évolutionnistes qui soutiennent, à l’inverse, l’idée d’évolution des êtres, soit par transformation et adaptation pour Lamarck à partir des années 1810, soit par la sélection naturelle pour Darwin dès 1859. En parallèle, des débats sur l’unicité de l’espèce humaine se développent. Aux monogénistes qui soutiennent l’existence d’une seule espèce humaine, tel Quatrefages, et dont les thèses correspondent à celles de la Genèse, s’opposent les polygénistes, comme Broca, qui croient en la pluralité de l’espèce humaine. Cette théorie domine la pensée savante dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle.

[2] Par exemple dans de Rochas (1878, 63).

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