l'amour en sciences sociales

Re-chercher l’amour transnational. Le couple ensemble, le couple éloigné et le projet d’immigration du conjoint


Par Karine Geoffrion*
Mis en ligne le 28 mars 2017
Pour citer cet article : 
Karine Geoffrion, "Re-chercher l’amour transnational. Le couple ensemble, le couple éloigné et le projet d’immigration du conjoint", Émulations, n°18, hiver 2016.
Formats disponibles : HTML | Papier | PDF

[Résumé] Cet article explore l’expérience vécue de la relation amoureuse transnationale chez des femmes canadiennes en couple avec un homme non-occidental. Les périodes de co-présence physique et de séparation géographique avec l’amoureux ont été contrastées. Il en émerge une polarisation entre l’être-en-couple ensemble, temps associé aux émotions positives, euphoriques ; et l’être-en-couple séparé, temps associé aux émotions négatives. Ainsi, pour ces femmes, une vie commune avec leur partenaire, sous un même toit, dans un même pays, devient l’objectif ultime de leur relation amoureuse transnationale. Cependant, vu les contraintes à la mobilité de leur conjoint, cette vie commune ne peut se réaliser qu’à travers le processus laborieux de « parrainage » de l’immigration de leur conjoint au Canada.

Mots-clés : amour, couple mixte, Canada, immigration, autoethnographie.

[Abstract] This article explores the lived experience of Canadian women in transnational love relationships with a non-Western partner. Periods of physical co-presence and geographical separation were contrasted. It emerges that the Canadian women divide their relationship into two main phases: times of togetherness, which are associated with positive, even euphoric, emotional states; and times of separateness, which are mainly associated with toxic emotions. Hence, for the women, a conjugal life with their partner under the same roof, in the same country, becomes an ultimate goal. However, due to the mobility constraints their non-Western partner often faces, their goal can only be achieved through the « sponsorship » of their spouse’s immigration to Canada, a cumbersome and time consuming process.

Keywords: love, mixed couples, Canada, immigration, autoethnography.

* Doctorante et chargée de cours, Université de Montréal, CEETUM. Je tiens à remercier chaudement les trois coordinatrices de ce numéro, Maïté Maskens, Carine Plancke et Isabelle Jabiot ; avec qui les échanges ont été à la fois fort agréables et stimulants intellectuellement. Merci aussi aux évaluateurs anonymes de l'article pour leurs commentaires et suggestions qui ont apporté un nouveau souffle à mon travail.

Introduction. Vignette autoethnographique

« L'amour est plus fort que le temps, la distance, les problèmes et surtout l'immigration ! » (Julie, femme canadienne mariée à un homme algérien)

 J’avais vingt-huit ans. Cela faisait déjà presque deux ans que j’habitais au Ghana. Cette journée-là, j’avais décidé de me rendre chez une copine qui habitait à Accra, la capitale du Ghana. Le bus se remplissait rapidement. J’étais assise derrière le chauffeur, coincée entre le hublot qui trouait la carrosserie de la fourgonnette décrépite et mon voisin de banquette, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Le siège de cuirette noir qui avait chauffé au soleil pendant plus d’une heure me brulait les cuisses sous ma jupe de coton jaune clair trop fine. Mon voisin a acheté un mouchoir en tissu à une vendeuse itinérante, m’écrasant légèrement de son corps pour atteindre l’ouverture de la fenêtre où s’est conclue la transaction, et me l’a offert ensuite pour que je puisse m’asseoir dessus. Nous avons commencé à discuter. Rapidement, nous nous sommes rendus compte que nous avions des amis en commun. Son arrêt est arrivé trop vite. Il m’a demandé mon numéro de téléphone. Sans réfléchir, je le lui ai donné.

Dans les semaines qui suivirent, nous nous sommes revus quelques fois. Nous sommes tombés amoureux rapidement. Un an est passé. Nous étions bien au Ghana, mais je voulais qu’il vienne au Canada avec moi pendant les vacances de noël pour rencontrer ma famille et mes amis. Nous avions monté un dossier pour qu’il obtienne un visa de visiteur, lequel a été refusé, sous prétexte que les liens qui le retenaient au Ghana n’étaient pas assez « forts ». J’étais à la fois inconsolable et très en colère. Je me suis rendue à l’ambassade du Canada où j’ai demandé, en pleurs, des explications à l’agent d’immigration. Ce dernier m’a conseillé d’épouser mon fiancé et de parrainer son immigration au Canada. Selon lui, c’était la seule façon qu’il puisse visiter ce pays, qui était le mien en vertu de ma citoyenneté. Cela m’avait semblé une absurdité puisque nous ne pensions pas du tout à migrer. Pourtant, nous avons entrepris les démarches moins d’un an après ce refus.

J’ai mis beaucoup de temps, sur ma petite table de patio, à écrire et ré-écrire notre histoire d’amour pour convaincre les agents d’immigration qui liraient notre dossier de la légitimité de notre relation. J’ai fait des montages photos incluant tous les évènements importants de notre relation intime, de nos premières sorties ensemble à notre lune de miel au Togo. Je vérifiais et revérifiais les dates et la séquence des évènements qui ont ponctué notre relation. Le processus a duré environ un an pendant lequel notre dossier nous a été renvoyé, car il manquait un des nombreux formulaires à remplir. Stress, désespoir, délais supplémentaires. Je suis rentrée au Canada, sans mon conjoint. J’avais la certitude qu’il serait accepté—comment les agents d’immigration pourraient-ils douter de l’authenticité de notre relation ?—mais quand ? Je regardais mes courriels et consultais le site d’Immigration Canada plusieurs fois par jour, avec l’espoir de recevoir des nouvelles du dossier de mon conjoint. L’attente n’était pas aussi difficile à tolérer que le sentiment d’être coincée dans des limbes administratives. Nous avons vécu séparés cinq mois au total. Il n’a pas eu ses papiers à temps pour assister à la naissance de notre bébé. Quand il a finalement reçu son visa, je l’ai pressé de venir me rejoindre au Canada le plus rapidement possible.

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Cette vignette, tirée de l’expérience vécue de la chercheure, suggère que l’autoethnographie peut s’avérer un préambule fécond à l’analyse de l’expérience vécue des relations de couple transnationales. Tout comme l’étude de cas, bien que l’expérience ne soit pas généralisable, elle permet de mettre en relief certains thèmes à explorer, en plus d’ouvrir une fenêtre sur l’affect et le vécu des émotions ; d’autant plus que la dimension incorporée de la relation amoureuse est rarement prise en compte chez les couples transnationaux de nationalités mixtes, surtout quand l’un des partenaires est originaire d’un pays du Sud. En effet, une section importante de la littérature met l’accent sur les structures macro sociales qui régissent certains rapports de force—liés à la race, à la nationalité, à la classe, à l’accès à la mobilité—entre les partenaires. L’intimité, alors comprise en des termes principalement sexuels (ou de labeur émotionnel), est vue, soit comme une stratégie migratoire de la part du partenaire du Sud ou comme une forme d’exploitation (« tourisme de romance ») de la part du partenaire du Nord (Brennan, 2004 ; Dahles, Bras, 1999 ; Ebron, 1997 ; Phillips, 2002 ; Pruitt, LaFont, 1995). Certains auteurs qualifient même ces relations de « ticket out of poverty » (Beck-Gernsheim, 2011). Si plusieurs soulignent au contraire que certaines préoccupations d’ordre utilitaire, telles qu’assurer à la famille de meilleures conditions de vie, ne s’opposent pas au développement de sentiments d’affection envers le conjoint (Bloch, 2011 ; Constable, 2003 ; Faier, 2007 ; Padilla, 2007), il existe de sérieuses lacunes au niveau de la description et de l’analyse de l’expérience vécue de la relation amoureuse, dans son rapport à la distance géographique, chez les couples transnationaux, qu’ils soient mixtes ou non. À cet effet, Maité Maskens (2013 : 66) soulève l’importance du concept d’amour dans le cadre du champ d’étude de la « migration par le mariage », où différentes conceptions de l’amour s’affrontent et structurent l’expérience des conjoints.

Pour éviter que la recherche sur la migration de type conjugal ne se trouve coincée dans des analyses structurelles, les anthropologues Palriwala et Uberoi (2008 : 24), lesquelles ont travaillé sur les questions de mariage et de migration, suggèrent plutôt que la migration « may become a strategy to enable a desired marriage ». Cet inversement de la prémisse de départ permet de mettre en lumière une autre facette des couples transnationaux menant à la migration d’un des partis, en redirigeant l’accent traditionnellement mis sur les rapports de force entre pays du Nord et pays du Sud (niveau macro), vers l’expérience vécue de l’intimité et de la migration des individus impliqués (niveau micro). Évidemment, l’emphase portée sur le ressenti et les émotions liés à la relation amoureuse ne diminue en rien les difficultés relatives à l’accès à la mobilité et à l’immigration que peuvent vivre les partenaires, ainsi que les effets de celles-ci sur la relation. En effet, les procédés d’obtention d’un visa de visiteur et de statut de résident permanent pour un pays occidental peuvent être laborieux[1]. Au Canada, l’option la plus avantageuse pour l’immigration d’un conjoint non-canadien est souvent le processus long et couteux de réunification familiale, aussi appelé le « parrainage du conjoint ». Les femmes canadiennes qui souhaitent vivre avec leur conjoint au Canada doivent donc le « parrainer », ce qui peut prendre plusieurs années. Cette période où elles se consacrent à monter le dossier d’immigration et à attendre les réponses des autorités canadiennes est souvent référée à « la vie sur pause » (voir Elliot, 2015).

Cet article se base sur une étude approfondie des parcours migratoires et amoureux de femmes canadiennes engagées dans une relation de couple transnationale[2] avec un homme non-canadien qu’elles ont rencontré lors d’un séjour professionnel de longue durée, un séjour de vacances de courte durée ou encore sur Internet. Plusieurs méthodes de collecte de données ont été utilisées, dont huit mois d’observation participante dans deux communautés virtuelles de femmes en « couple mixte[3] » transnational, trente-trois entretiens semi-dirigés, et l’autoethnographie. L’objectif principal était de documenter le processus de la rencontre amoureuse, du développement de la relation intime jusqu’à l’immigration du conjoint au Canada. Il apparaît que la distance et l’accès à la mobilité des partenaires redéfinissent les façons de vivre la relation intime, laquelle s’articule principalement autour de l’axe présence-non-présence (ou présence virtuelle) de l’être aimé.

Dans le cadre de cet article, je développerai, premièrement, le rôle de l’autoethnographie dans le processus de recherche. Deuxièmement, j’explorerai l’expérience vécue des relations amoureuses transnationales du point de vue de ces femmes canadiennes, en distinguant les périodes de temps où les partenaires sont « ensembles », de celles où ils sont « séparés » et en tenant compte de toute la gamme d’émotions qui sont générées par la tension entre ces deux modes relationnels. Enfin, j’examinerai l’investissement des femmes canadiennes—en termes de temps, d’énergie et d’argent—dans le projet migratoire de leur amoureux, le but ultime du processus (et de la relation de couple) étant la vie commune au Canada.

1.        Rechercher l’amour en contexte transnational : Quand l’anthropologue devient participante

Il est surprenant de constater le nombre de chercheurs travaillant sur les couples mixtes transnationaux qui sont (ou ont été) eux-mêmes dans cette situation conjugale. Or, leur expérience est rarement traitée dans le cadre de l’analyse. Parfois elle est mentionnée en passant dans la préface d’un ouvrage (Breger, Hill, 1998 ; Constable, 2003) alors qu’ailleurs, l’expérience de la chercheure est explicitée puis questionnée et analysée comme donnée pertinente à la recherche sans toutefois être qualifiée d’autoethnographie (Kelsky, 2001 ; Therrien, 2008). L’anthropologue Catherine Therrien (2008 : 39), qui a placé « l’expérience partagée au cœur de [sa] méthodologie de recherche », témoignait de ses doutes sur sa position de chercheure et de participante à la recherche :

J’ai été frappée de constater que la théorie que j’avais élaborée correspondait parfaitement à ma propre histoire. J’ai alors eu un profond moment de doute. Était-il possible, après cinq ans de recherche, cinquante-huit heures d’entretien en profondeur, des centaines d’heures d’observation participante, des mois de transcription et d’analyse, d’arriver à des résultats de l’ordre du témoignage ?

L’autoethnographie peut, effectivement, tomber dans le narcissisme. Cependant, selon les anthropologues Ramirez, Skrbiš, and Emmison (2007 : 413), lesquels ont utilisés la méthode autoethnographique pour élucider les processus émotionnels qui sous-tendent le vécu des familles transnationales, « [the] advantage lies in their capacity to capture human experience in its individuality and richness. » Effectivement, la méthode autoethnographique s’est révélée particulièrement inspirante dans le cadre de cette étude car elle a fait ressortir le ressenti et les émotions liés à l’expérience amoureuse transnationale et au processus bureaucratique de parrainage du conjoint. Puisque l’expérience émotionnelle est rarement observable (Ramirez et al. : 414), l’autoethnographie nous a permis d’en saisir le détail, la texture et les nuances, données qui ne transparaissent que de façon fracturée dans les entrevues et se captent peu par l’observation.

Dans le cas présenté ici, le récit autoethnographique a émergé en partie pendant les entretiens avec les participantes à l’étude, lesquels ont pris la forme d’un dialogue où l’anthropologue a dévoilé son propre récit de vie par bribe. Pour reprendre l’expression de Therrien (2008), « l’expérience partagée » a permis de faire ressortir les similitudes et divergences dans l’expérience vécue ; mais aussi, toute la charge émotive de l’expérience de couple transnational. En effet, participantes et chercheure ont souvent pleuré ensemble lors des entretiens et ce, même dans les histoires à succès. Ces expériences conjointes ont donné lieu, parallèlement aux entretiens, à un journal de bord composé des récits autobiographiques de la chercheure, où des épisodes de l’expérience personnelle remémorés étaient retranscrits, d’une part, et où ils étaient mis en relation avec les émotions vécues et partagées lors des entretiens. Ainsi, en plus de donner accès à un répertoire de données riches, l’autoethnographie a mis en lumière des pistes d’analyse ancrées dans l’expérience vécue partagée.

2.        Le couple ensemble : énamoration, sensualité et sexualité

Les femmes de cette étude décrivent leur relation amoureuse avant tout, en termes sacrés (Lindholm, 1998) : leur conjoint est une « âme sœur », leur rencontre est attribuée au « destin » et elles vivent une « connexion » qui n’est pas explicable en termes rationnels. Par exemple, une femme qui partait rencontrer son amoureux virtuel pour la première fois illustre bien cette part de mystique qui est au cœur de la définition de l’amour de ces femmes : « Mon coeur battait tellement fort, je n’entendais plus rien à l'aéroport et quand je l'ai vu, je l'ai reconnu tout de suite ! ». La référence au sacré n’est pas une caractéristique spécifique aux relations amoureuses transnationales. Cependant, ce discours contribue à légitimer le choix d’un amoureux qui sort du cadre normatif.

Si les femmes canadiennes dont il est question ici sont bien « tombées en amour », la distance a eu pour effet d’amplifier l’état amoureux en accroissant le sentiment de perte. En effet, le sentiment de perte qui, selon Alberoni (1995 : 21), constitue une « révélation » de l’amour, est constamment présent à l’esprit des femmes en couple transnational pour qui les rencontres des corps sont toujours négociées et limitées. La perte est une dimension avec laquelle elles doivent composer tant dans la co-présence physique que dans l’absence de l’être aimé : dans la distance, les jours sont comptés et le temps semble s’allonger – Enriquez (1995 : 37) parlait de « l’épaisseur du temps » – alors qu’au contraire, dans la présence, il semble filer à une vitesse folle. Or, selon Alberoni (1995 : 20), cette peur de perdre l’être aimé est précisément ce qui permet de faire grandir l’amour, car « nous le remettons au centre de notre champs vital. La perte, comme l’état naissant, nous fait apparaître l’objet d’amour comme fin ultime. »

Ainsi, les visites au partenaire amoureux dans son pays d’origine prennent une importance capitale dans les récits de femmes en couples transnationaux. Ces dernières ne semblent vivre que pour ces rencontres, ces moments d’intimité sensuels et sexuels. Ce sont ces rencontres, en chair et en os, qui rendent possible et nourrissent, en créant des souvenirs amoureux, les plus longues périodes où la relation se poursuit à distance. Comme le note John Urry (2003) dans ses travaux sur la co-présence virtuelle, cette dernière peut faciliter une certaine intimité, mais elle ne remplace pas le contact physique entre les personnes.

Ces rencontres où le couple est physiquement ensemble sont ainsi caractérisées par une exacerbation des sens. L’on peut convenir que le contexte de voyage, par sa dimension liminaire (Cohen, 1985), contribue aussi à l’intensité des sensations et au sentiment d’ouverture des possibles[4], ce qui peut avoir un effet sur le désir d’explorer l’expérience sensuelle à travers la sexualité ou encore, peut précipiter ou faciliter l’état amoureux (Frohlick, 2008, 2013). En effet, pour plusieurs femmes qui ont rencontré leur conjoint sur Internet, la première rencontre physique vient confirmer l’attraction sexuelle, dès l’arrivée à l’aéroport. Dans le récit de sa première rencontre avec son amoureux virtuel, Diane décrit son désir irrépressible de toucher son amoureux, de l’embrasser, de faire l’amour :

Le premier mois, on a fait le mariage religieux. Parce que comme mon mari est musulman pratiquant, pour avoir des relations sexuelles, il fallait être mariés devant Dieu. Moi, il n’était pas question que je passe un mois à côté de lui sans le toucher. Les deux et trois premiers jours c’était l’enfer : on se regardait, on avait hâte qu’il se passe quelque chose [sexuellement] !

De plus, plusieurs femmes ont rapporté avoir ressenti, alors qu’elles étaient réunies avec leur amoureux, un sentiment d’urgence dû à la finitude du voyage. Par exemple, Emmanuelle écrivait dans une conversation en ligne avec d’autres femmes dans la même situation, en faisant mine de parler à des agents d’immigration fictifs : « Écartez-vous, je m’en vais faire l’amour ! ».

La sexualité occupe effectivement une place importante pour ces femmes canadiennes. Celles-ci en discutent souvent entre elles. Elles voient la qualité du rapport sexuel, ainsi que d’autres formes de toucher, comme une preuve de l’authenticité des sentiments amoureux de leur conjoint non-canadien, d’autant plus si les partenaires se sont rencontrés sur Internet, où les risques de « fraude conjugale » sont plus élevés :

Passer du temps en vrai à ses côtés est la meilleure façon de savoir si ton homme t'aime. Je vais entrer dans l'intimité, mais à mon avis, c'est là, bien souvent, qu'on trouve nos réponses. La première fois que vous avez fait l'amour, souviens-toi comment c'était, le sentais-tu amoureux, langoureux, ou le faisait-il pour se débarrasser ? Tu sais, la première fois que j'ai dormi avec mon homme, il a passé la nuit à me coller. Quand on sortait dehors ensemble, il me tenait toujours la main. Tu vois, pour moi, c'était tout plein de petits signes qui me faisaient dire que cet homme m'aimait d'un amour sincère (conversation tirée de la communauté virtuelle).

La sensualité est l’une des dimensions de l’intimité amoureuse qui manque le plus aux femmes quand elles ne sont pas avec leur amoureux. Pour compenser ce manque, plusieurs s’entourent d’objets qui représentent leur amoureux et qui leur permettent de retrouver un simulacre des sensations qui lui sont associées : un t-shirt qui contient toujours son odeur, une photo. Le plus souvent, c’est à l’heure du couché, moment d’intimité par excellence des couples, qu’elles se tournent vers ces objets en guise de réconfort.

3.        Le couple séparé : la vie sur pause

Oh que je m'ennuie de mon chéri. C'est tellement difficile. Ce matin je me réveille et il est toujours sur Skype. Il fait dodo. Voilà les larmes qui coulent. C'est tellement d'émotions. C'est tellement long ! Comment vous faites pour passer au travers ? Moi j'ai mal en dedans tellement il me manque. Il y a pas une nuit qui passe sans que je me couche le cœur gros parce que je viens encore de passer une journée sans lui à mes côtés et je sais que le lendemain ce sera la même chose et cela pour encore des mois et des mois (Vicky).

L’intensité quasi-extatique que prend la relation amoureuse lors des périodes où les partenaires sont ensemble est un sol fertile à l’éclosion d’une gamme d’émotions tout aussi intenses, mais un peu plus toxiques – l’ennui, la frustration, le désir inassouvi, la colère – qui font vivre aux femmes de l’étude de véritables « montagnes russes[5]» émotionnelles lorsqu’elles sont séparées de leurs amoureux. Les cris de douleur comme ceux cités ci-haut abondent dans les récits des femmes interrogées et dans leurs discussions virtuelles. Comme le notait Suzy, une membre de la communauté virtuelle : « Quand on est en processus de parrainage on met notre vie sur pause et voilà que nous accompagnent nos amis : la peur, l’incertitude, le doute, l’ennuie, le désespoir, l’envie et j’en passe… Mais au bout du compte votre amour sera grandi par cette expérience. »

La période d’attente entre deux visites est visiblement très chargée émotionnellement pour ces femmes. Or, les sentiments dépressifs peuvent facilement tomber dans l’autre extrême s’il y a un progrès dans le processus d’immigration de leur amoureux : « Bon là vous allez dire que je suis folle hihihihi ! Mais je viens seulement de recevoir mon accusé de réception de l'immigration et je suis folle comme un balai ! Imaginez quand le processus sera plus avancé ! » (Emmanuelle).

Ainsi, après l’expérience de l’intimité ensemble, l’intimité à distance est un défi pour ces femmes qui doivent avoir recours à différentes stratégies intimes pour nourrir leur relation amoureuse, telle que l’utilisation des technologies de communication. En effet, les modes de communication électroniques sont les moyens de contact privilégiés par les couples séparés géographiquement, lesquels peuvent passer plusieurs heures par jour, voire la nuit entière, « connectés ». D’une part, les applications telles que Skype et FaceTime, disponibles sur ordinateurs ou téléphones intelligents, permettent de se connecter facilement, rapidement et en direct, à la voix et à l’image de l’être aimé; et d’autre part, leur faible coût rend ces technologies accessibles, bien que la qualité des communications dépende en partie de la fiabilité du réseau Internet. Toutefois, malgré le sentiment de présence que facilite l’usage extensif de ces technologies, les limites physiques de ces dernières – qui privilégient la conversation au dépend d’autres moyens de communication – ramènent constamment les femmes au manque quasi viscéral du corps de l’être aimé, comme le montre cette conversation tirée du groupe virtuel :

_Revenue à la vie normale : Skype, texto.

_Je te comprends. C’est tellement difficile de revenir au mode Skype !

_C’est pire mariée. Moi, ça faisait 22 mois depuis notre mariage que je n’y étais pas allée ! Espérons que notre deuxième demande [de parrainage] va aboutir.

Le parrainage du conjoint est une autre stratégie de réunification du couple. En effet, malgré les difficultés, plusieurs femmes n’abandonnent pas le processus d’immigration et ce, même après un premier refus des autorités canadiennes. Plusieurs continuent à « se battre », comme elles l’écrivent elles-mêmes : elles vont en cour d’appel ou bien recommencent un deuxième, voire un troisième parrainage, ce qui représente des coûts considérables en termes de temps, d’argent et d’énergie. Le projet de réunification conjugale s’impose, au détriment d’autres projets de la vie professionnelle ou personnelle. Par exemple, Anna expliquait que tant qu’elle ne saura pas quand et si son mari arrivera au Canada, tous les autres aspects de sa vie sont en « stand-by ». Dans son cas, les émotions négatives générées par l’attente l’ont menée à la dépression : « C’est difficile de toujours attendre de voir ce qui va arriver avant de faire telle affaire. Ça fait déjà un an que je veux vendre ma maison, mais j’attends après lui. »

Malgré les hauts et les bas émotionnels, la relation amoureuse à distance ne présente pas que des points négatifs. Par exemple, selon Suzy, le temps et la distance qui les séparent de leur compagnon leur permettent de mieux le connaître avant de se lancer dans l’aventure conjugale. Cette distance laisse place à la discussion, au dépend de la sexualité :

C'est vrai que c'est difficile d'avoir notre mari au loin, de ne pas pouvoir vivre une vraie vie de couple avec la personne qu'on aime. Mais j'ai envie de vous dire : savourez et chérissez cette période ! Car il y a aussi un bon côté à la situation : les messages d'amour qu'on s'envoie, le temps passé ensemble à s'écouter et à se dire les vraies affaires, le brasier et la passion quand on se revoit (tellement comme dans les films !), le quotidien qui ne vient pas se mettre entre nous...

Effectivement, comme le note Enriquez (1995 : 29) : « pendant le temps où l’amour ne se confronte pas au sexuel, il peut grandir » car s’effectue alors un processus d’idéalisation de l’autre : « son image envahit notre paysage ». Grâce aux technologies de communication, dont les femmes de l’étude font un usage énorme, c’est en continu qu’elles peuvent voir le visage de l’être aimé : à la maison, au travail, en transit (Madianou, Miller, 2013). Cependant, la « vraie vie de couple », pour ces femmes canadiennes, réside dans une vie commune partagée au quotidien, désir mis en relief par la distance et les difficultés liées à la mobilité des partenaires.

4.        Le parrainage du conjoint au cœur de la relation de couple transnationale

Le projet de formation d’une unité familiale localisée à un seul endroit est, elle aussi, au cœur de la définition de la relation amoureuse des femmes de cette étude, bien que cela ne soit pas spécifique aux couples transnationaux[6]. Cependant, pour ces derniers, ce projet se trouve compliqué par les procédures liées à l’immigration du conjoint non-canadien. En effet, le contexte médiatique et politique au Canada tend à diaboliser ce type de relations intimes. Par exemple, en 2012 le Canada a lancé une campagne de sensibilisation contre la « fraude conjugale », ce qui a contribué à la stigmatisation des couples Nord-Sud, lesquels sont souvent perçus d’emblée comme utilitaires et non-authentiques (Charsley, Benson, 2012 ; Eggebø, 2013 ; Foblets, Vanheule, 2006 ; Maskens, 2015 ; Satzewich, 2014). Si le partenaire non-canadien est le plus souvent la cible de la méfiance des parents et amis des femmes canadiennes, ces dernières font aussi face à de l’incompréhension, au rejet et même aux menaces de la part de leurs proches et dans leurs communautés; ce qui est d’autant plus fréquent si le partenaire conjugal est musulman et si la femme s’est convertie à l’Islam. D’autre part, le processus même de réunification familiale est rebutant à plusieurs niveaux : il est dispendieux (un investissement d’environ 1500$ par demande), long (le temps d’étude des dossiers varie entre quatre mois et plusieurs années) et demande un travail important pour l’assemblage du dossier et le suivi. Comme l’écrivait une femme de la communauté : « C’est compliqué d’aimer une personne qui semble être un extraterrestre pour Immigration Canada. »

Des récits amoureux de son étude, Pagès observe que « l’expérience amoureuse n’est pas que sentiment, elle est aussi action et engagement dans l’action » (2008 : 294). Pour les femmes de cette étude, se lancer dans le projet de parrainage de leur amoureux est une entreprise qui demande du courage, de la patience, de la détermination. L’action et l’engagement dans l’action sont essentiels à la réussite du projet de couple et du projet migratoire, car la création même du dossier de parrainage, lequel comporte plusieurs formulaires (qui changent fréquemment) est une opération laborieuse et complexe. Les dossiers de parrainage deviennent des registres monstrueux comprenant parfois des milliers de pages de conversation Facebook ; de photos et de lettres détaillant chacune des rencontres physiques entre les amants, leur mariage, leurs voyages, leur intimité :

_Je suis découragée. J'ai plus de 10 000 photos, 10 000 pages de fb, 1800 pages de textos, 600 pages de log de Skype, j'ai des preuves pour 8 voyages. En plus, je dois faire l'inventaire des cadeaux reçus/envoyés et des lettres ; et sortir tous mes comptes téléphoniques pour les appels depuis 2012. Bref, je me sens un peu dépassée et je n'ai même pas commencé à remplir les formulaires !

_ Bonne chance ma belle ! Moi j'ai mis un an à préparer mon dossier !

Il n’est pas surprenant de constater que ce processus, qui demande tant de travail de la part des femmes qui parrainent leur compagnon, prenne une place centrale dans leur vie et devienne une « obsession » : « C'est une obsession. Je regarde toujours mes courriels et le site d’Immigration Canada. Je deviens folle ! » (Emmanuelle).

 À travers ce processus, l’histoire d’amour est revisitée, puis réécrite pour la rendre conforme aux normes amoureuses canadiennes – souvent subjectives, car les agents d’immigration qui évaluent les dossiers détiennent un pouvoir discrétionnaire (Lavanchy, 2013 ; Maskens, 2015 ; Satzewich, 2014) – et enfin, elle est souvent idéalisée. Cette histoire d’amour rééditée est devenue, dans la majorité des cas, l’histoire officielle de la rencontre amoureuse et du développement de la relation conjugale, racontée de façon similaire aux agents d’immigration, aux proches et aux anthropologues. Selon Pagès (2008), toute narration de l’histoire d’amour est une reconstruction. Cependant, la reconstitution de l’histoire d’amour à des fins d’immigration est particulière en ce qu’elle pousse le parrain à revisiter chaque détail de son histoire amoureuse avec minutie et à ne sélectionner que ceux qui correspondent à un certain idéal romantique du couple, avec l’objectif conscient de plaire aux agents d’immigration, de les convaincre de l’authenticité de la liaison. Cette dynamique contribue à la réification de la relation intime, au point où l’identité même de ces femmes s’inscrit d’abord à travers le projet de couple. Encore une fois, ce processus, technocratique en soit, est extrêmement chargé émotionnellement car il oblige l’actrice à revivre des moments-phares de sa relation intime alors que l’objet de son désir (son partenaire) est physiquement inaccessible. Voici ce qu’une femme de la communauté virtuelle a publié le soir où elle a enfin terminé son dossier de parrainage :

Ce soir, j'ai la satisfaction d'avoir accompli mon plus grand projet à vie. Mais en même temps, j'ai cette peur immense qu'une personne inconnue décide de notre sort, décide de notre vie… Je vais peut-être me sentir heureuse pleinement quand, à chaque matin en ouvrant les yeux, je vais voir mon mari, l'homme de ma vie, à côté de moi, en chair et en os, pour profiter de la vie à deux dans le même pays, la même ville et la même maison.

Cette dernière citation confirme qu’une vision de l’amour en tant que projet de couple qui se vit dans le quotidien d’un seul foyer, est central pour ces femmes canadiennes, malgré les avancées technologiques qui permettent aux familles transnationales de partager, jusqu’à un certain point, leur intimité dans un espace virtuel. Le projet conjugal idéal, ce que Suzy appelait « une vraie vie de couple », s’inscrit toujours, chez elles, dans une seule localité et pour se réaliser, il doit passer par l’immigration de l’un ou de l’autre des partenaires amoureux.

Conclusion

Dans cet article, j’ai brossé un tableau de l’expérience de relation amoureuse transnationale de femmes canadiennes avec des hommes non-canadiens, en explorant les dynamiques à l’oeuvre pendant deux temps-clés qui structurent ces relations transnationales, soit les périodes de proximité et de séparation des amoureux. Lors de la co-présence physique, la sensualité et la sexualité prennent une place importante dans le couple. Celles-ci servent, en quelque sorte, à confirmer l’authenticité de la relation amoureuse. Ces rencontres se chargent d’une intensité qui rend insoutenables les périodes de séparation géographique, lesquelles deviennent un obstacle au « bonheur » des femmes canadiennes. En effet, dans les récits de ces femmes, une fois que le partenaire est reconnu comme « le bon » (Gell, 1996), le projet de vie commune devient central. Ce dernier prend une valeur encore plus grande compte tenu de la rareté des moments passés ensemble physiquement. Ainsi, afin de remédier au problème de la distance, la période de séparation est caractérisée par un investissement dans le projet migratoire du conjoint, dans le but de « vivre une vraie vie de couple ».

Bibliographie

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[1] Les ressortissants de presque tous les pays du monde ont besoin d’un visa pour entrer au Canada à l’exception des ressortissants des États-Unis, des pays de l’Union européenne, de l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Singapour (http://www.cic.gc.ca/francais/visiter/visas-tous.asp).

[2] J’appelle « transnationales » les relations de couple vécues sur deux ou plusieurs pays, dans le sens où les conjoints vivent des périodes de temps séparément, chacun dans son pays de résidence, et ensemble dans l’un ou l’autre des pays des conjoints ou dans un pays tiers, lors de vacances en couple par exemple. Les relations « transnationales » se vivent aussi « entre » deux ou plusieurs pays, dans l’espace virtuel que permettent les technologies de la communication.

[3] C’est le terme utilisé par les administratrices du groupe pour décrire leurs relations amoureuses avec des hommes non-canadiens.

[4] Selon Alberoni (1981), l’énamoration est caractérisée par une poussée créatrice. Elle s’apparente à une naissance, dans le sens où cet état survient quand les individus sont prêts à s’ouvrir à d’autres horizons, à se « reconstruire », souvent à la fin d’une période de la vie comme le passage de l’enfance à l’adolescence. C’est pourquoi il est caractérisé par une ouverture des possibles, par une projection du soi à travers le « nous » amoureux (Pagès, 2008). Cet état contient en lui un potentiel créatif « porteur de projet » (Enriquez, 1995).

[5] Expression utilisée par une participante pour décrire son état émotif.

[6] Des études féministes insistent sur l’impact de la socialisation amoureuse des femmes occidentales sur leur subordination aux hommes (de Beauvoir, 1949 ; Jackson, 1993).