l'amour en sciences sociales

Éditorial 
Pour l'amour en sciences sociales 
  

Par Isabelle Jabiot, Maïté Maskens, Carine Plancke 
Mis en ligne le 28 mars 2017
Pour citer cet article : 
Isabelle Jabiot, Maïté Maskens, Carine Plancke, "Éditorial. Pour l'amour en sciences sociales", Émulations, n°18, hiver 2016.
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amour science sociale

L’amour en sciences sociales

Ce dossier d’Émulations entend apporter sa pierre au jeune édifice liant l’amour et les sciences sociales. D’une part, la fixation de l’anthropologie sur les questions de généalogie, de parenté et d’alliance a contribué à l’élaboration d’un important corpus de savoirs sur les systèmes matrimoniaux à travers le monde. D’autre part, l’intérêt privilégié accordé par la sociologie à l’analyse des rapports de classe a notamment permis d’identifier plus en détail les logiques sociales gouvernant le choix du conjoint dans nos sociétés occidentales. Dans ce contexte de connaissance, l’amour a toutefois longtemps été un sujet ignoré, perçu par de nombreux chercheurs comme anecdotique ou encore comme trop subjectif et irrationnel pour pouvoir être traité « sérieusement ». Les sciences sociales ont longtemps déprécié, voire dédaigné, cette thématique pourtant au cœur de nombreuses existences humaines et au centre de multiples représentations de la culture populaire et de la fiction.

Depuis les années 90, la situation a changé et les études sur l’amour se sont multipliées : plusieurs travaux collectifs se sont développés sur les relations amoureuses, leurs formes d’expression, leurs expériences et leurs imaginaires (Eraly, Moulin, 1995 ; Ermisse, 1996 ; Pages, 2008 ; Illouz, 2012), ainsi que sur les liens entre amours, mobilités, globalisation et modernité (Illouz, 2007 ; Padilla et al., 2007 ; Hirsch, Wardlow, 2006 ; Charlsey, 2012 ; Maskens, 2013 ; Piazzesi, 2014). De même, un certain nombre d’études se sont penchées sur la question de la fabrication sociale des émotions (Lutz et White, 1986 ; Ermisse, 1994 ; Héritier, Xanthakou, 2004 ; Charmillot et al., 2008 ; Fernandez, Lézé, Marche, 2013) et sur l’ethnologie du bonheur (Berthon et al., 2009). Progressivement, une réelle approche sociale de l’amour voit le jour (Alberoni, 1979 ; Lindholm, 1998, 2006 ; llouz, 2012) et diverses études se proposent d’en étudier les différentes conceptions et pratiques à travers le globe (Gell, 1996 ; Rebhun, 1999 ; Overing, Passes, 2000 ; Swidler, 2001 ; Cole, Thomas, 2009).

Comme beaucoup, les coordinatrices de ce dossier ont toutes les trois un rapport singulier à l’amour : nous en faisons l’expérience quotidienne au travers d’attachements plus ou moins intenses et plus ou moins continus envers une diversité d’êtres et d’objets, de même que nous sommes intellectuellement engagées à penser cette forme d’expérience. C’est en observant les pratiques et les discours des agents de l’État en charge de la lutte contre les mariages de complaisance à Bruxelles que Maïté Maskens a pris la mesure de l’importance de « l’amour romantique » comme une catégorie éminemment morale permettant de différencier les migrants désirables des autres. Dans l’évaluation des couples binationaux par les bureaucrates, l’amour romantique devient un critère possible d’exclusion ou d’inclusion au territoire national. Les couples dont l’un des partenaires est un migrant non-européen se doivent de présenter une version de leur rencontre et de leur quotidien plus romantique que les autres (les couples ne comprenant pas d’étranger) pour se voir accorder l’hospitalité de l’État belge.

Pour Carine Plancke, c’est surtout à partir d’une réflexion sur l’engagement affectif du chercheur·e sur le terrain qu’a émergé la thématique de l’amour. En étant attentive aux résonances et aux réticences qu’elle ressentait en participant aux danses et à la vie quotidienne des femmes punu au Congo-Brazzaville, elle s’est posée la question de l’impact de formes d’attachement ou de détachement vis-à-vis des sujets ou des pratiques étudiées dans la constitution du savoir ethnographique. L’intégration de ce registre affectif et des formes d’ouverture ou de fermeture à l’autre qu’il induit lui est apparue dès lors indispensable pour mener à bien la démarche réflexive qui est hautement recommandée depuis le tournant postmoderne en anthropologie.

Quant à Isabelle Jabiot, c’est d’abord dans son rapport au terrain, qui se déroule au Maroc, qu’a surgi un amour des petites choses et des différences. En éprouvant un sentiment d’humanité partagée, elle a été ramenée à toute l’intensité et à la profondeur du couple « diversité / universalité » si chères à l’anthropologie. C’est ainsi qu’a progressivement émergé, à travers un amour croisé entre le terrain et l’anthropologie, entre l’observation et l’écriture, une anthropologie amoureuse. Il s’agit, selon elle, d’un processus créatif et imaginatif de devenir, pour reprendre la jolie formule de Pina Cabral (2013), d’un développement et d’un façonnement réciproques de l’anthropologue et de l’anthropologie. Il se présente comme un continuum et se traduit pour l’anthropologue par une présence diffuse ou qui surgit parfois, par une attention particulière au monde qui en retour lui donne une certaine intensité.

C’est à partir de ces angles d’approche différents, qui laissent déjà entrevoir la multiplicité des prises sur le réel qu’offre la notion d’amour, que nous avons décidé de nous lancer dans cette aventure d’écriture et de partage d’expériences. En outre, l’amour devient peu à peu un sujet de recherche légitime. C’est pourquoi dans ce numéro, nous souhaitons faire la part belle à celui-ci, en le plaçant au cœur des sciences sociales, en le considérant non seulement comme objet de recherche mais aussi comme posture ou démarche. Deux directions ont donc été privilégiées pour organiser ce numéro : d’une part, il nous a paru important de réfléchir aux déclinaisons et aux particularités de l’expérience de l’amour dans différents contextes historiques et culturels ; d’autre part, nous avons voulu comprendre combien ce sentiment pouvait constituer un moteur, un rouage des connaissances produites en sciences sociales.

Force est de constater que l’amour romantique et l’amour conjugal, formes d’amour parmi d’autres (on peut citer ici l’amour parental, filial, fraternel ou encore l’amitié) qui ne se recouvrent d’ailleurs pas entièrement, restent très prégnantes sitôt que l’on évoque l’expérience de l’amour. Alors que l’appel à contributions lancé pour ce numéro interrogeait la gamme des formes, des sujets et des actes susceptibles d’être en prise avec l’amour, soit la diversité du fait même d’aimer, la très grande majorité des propositions reçues étaient consacrées à ces formes d’amour particulières. Cette prépondérance se reflète dans la composition finale de ce dossier. Parmi les six articles, cinq sont consacrés à l’amour en couple, concernant le plus souvent des individus mariés, ou ayant des projets d’avenir sur la longue durée, et hétérosexuels. L’interrogation porte essentiellement sur l’amour romantique, construction socioculturelle qui s’est imposée dans le monde occidental, surtout depuis les années 1980, et qui se répand désormais de par le monde tout en prenant des acceptations locales spécifiques.

Dans cette perspective, la contribution de Caroline Henchoz aborde l’émergence récente du mythe de l’amour romantique dans le monde occidental et le décalage générationnel qu’il cause, en Suisse, entre les jeunes et les personnes âgées attachées à une conception plus pragmatique des relations sociales. Cécile Piret questionne la puissance de l’amour romantique qui continue de structurer la vie des jeunes belges malgré l’introduction de sphères d’évaluation plus rationnalisantes. Marion Breteau analyse comment cette conception de l’amour, en tant que symbolique liée à la « modernité », peut remodeler les mariages dans la société omanaise, en s’articulant à des formes dites traditionnelles. Pour finir, deux articles examinent la manière dont le dispositif de l’amour romantique est renforcé, vécu et élaboré de manière particulièrement consciente lorsqu’il se trouve mis en doute par des idées reçues sur son absence ou son impossible accomplissement, notamment dans le cas des couples transnationaux « Nord-Sud » réunissant des femmes canadiennes et des hommes non canadiens, analysés par Karine Geoffrion, ou en France, chez des personnes handicapées affectées par des lésions médullaires dont traite Anne-Cécile Mouget.

Ces diverses formes de l’amour conjugal et de l’amour romantique révèlent des aspects relativement méconnus et ce sous des angles novateurs, ce qui, sans nul doute, est lié aux approches méthodologiques choisies par les auteurs. La diversité des méthodes est ici en résonnance avec l’originalité des connaissances produites. Percevoir l’amour comme processus interpersonnel chez des personnes handicapées a été possible au gré d’un cheminement méthodologique particulier dont Anne-Cécile Mouget expose le déploiement progressif dans sa recherche pour donner à voir l’apport du croisement de plusieurs méthodes de recueil de données. S’inspirant d’abord de la Grounded Theory, elle a progressivement accumulé différents types de données : récits de vie, données documentaires variées, récits fictionnels, traces de discours, amitiés. L’expérience personnelle se présente également comme un moyen d’appréhender autrement l’amour. L’auto-ethnographie est ici, comme dans l’article de Karine Geoffrion, un outil méthodologique en tant que tel. C’est parce qu’elle a elle-même éprouvé les situations de ses enquêtées, qu’il lui est permis de « mettre en relief certains thèmes à explorer, en plus d’ouvrir une fenêtre sur l’affect et le vécu des émotions », et par là même d’explorer l’amour comme expérience vécue, dimension souvent éclipsées par une conception stratégique de ces formes d’attachement qui subvertissent les conditions Nord-Sud.

Marion Breteau a, quant à elle, choisi de se concentrer sur la cérémonie de mariage d’un jeune couple omanais pour promouvoir une approche emic de l’institution matrimoniale, objet phare de l’anthropologie. À travers cette étude de cas, elle illustre en nuances la manière dont les styles romantiques se combinent entre tradition et modernité, entre ressort individuel et obligation sociale. Ce choix méthodologique lui permet également de montrer comment le sentiment amoureux se déploie entre le public et l’intime. En outre, dans un contexte de globalisation, son approche permet de « penser l’amour romantique au-delà d’une dite origine euro-américaine » et de montrer comment « les expressions de sentiment amoureux et de mariage, selon l’emploi qu’il en est fait, peuvent s’opposer, se contredire tout en se juxtaposant ».

Si Cécile Piret use d’une méthodologie plus classique, s’appuyant sur un cadre d’enquête et un corpus d’informateurs sociologiquement déterminés au préalable, en se focalisant sur des narrations détaillées, proches du vécu des personnes interrogées, elle dégage elle aussi une vision nuancée de ce que l’amour romantique veut dire, sur la manière dont des jeunes issus de la classe moyenne en Belgique réinventent et ajustent leurs croyances romantiques au gré de leurs carrières amoureuses. Les sphères d’évaluations de l’amour s’empilent, même si elles sont souvent contradictoires, de manière à assurer la continuité de l’expérience de l’amour romantique, à rendre possible des formes d’engagements souhaitées.

Le travail de Caroline Henchoz, assistée par une vingtaine d’étudiants, était lui aussi initialement pensé d’un point de vue sociologique : analyser les définitions de l’amour au prisme des générations. Ce sont finalement « l’expérience de recherche qui devient le matériau dans lequel s’enracine la production du savoir », et le rôle des émotions dans le processus de recherche qui émerge comme événement central. Au-delà des données récoltées, c’est grâce à une investigation triangulaire entre « l’enquêté, l’enquêteur et leurs échanges » qu’ont été mis à jour les conditions historiques et sociales de possibilités et d’impossibilités d’expression de l’amour.

Si nous souhaitions voire décrites les diverses formes de l’amour, c’est au final la diversité des possibilités méthodologiques pour décrire l’expérience de l’amour qui ressort des contributions ici rassemblées. Comme évoqué en amont, en pensant ce numéro nous avions également souhaité emmener le lecteur au-delà des contrées de l’amour entre les êtres humains pour explorer les formes d’amour avec d’autres entités. À l’heure où les sciences sociales interrogent la diversité des êtres et de leurs existences, l’éventail des êtres touchés par l’amour a de quoi être révélé. Ainsi se trouvent questionnées les relations amoureuses et le sentiment d’amour envers les animaux (Knight, 2005 ; Candea, 2010), les divinités (Werbner, 2003) ou encore les attachements aux objets, aux techniques et aux pratiques (Dassié, 2010). Le sixième article de ce numéro, celui de Maurice Olive, rejoint cette approche en montrant comment l’amour des maires français pour leur commune est une force déterminante qui explique à la fois leur engagement et leur mobilisation pour le maintien de l’autonomie communale. La dimension affective a ici émergé des enquêtes de terrain ; sa prise en compte en tant que mobile d’engagement constitua au départ un défi pour l’auteur politiste et nécessita d’accorder de l’importance aux trajectoires personnelles. Ce pas de côté a néanmoins permis de montrer comment « une compétence ordinaire, celle de l’amour porté à sa ville, devient une ressource politique [et] peut permettre d’éclairer certaines formes d’engagements fondés sur l’attachement sensible aux espaces et aux lieux de la familiarité ». En poursuivant cette même logique d’un élargissement de l’amour au-delà de l’« entre-êtres humains », ce numéro s’attache à explorer l’amour du chercheur pour sa discipline ou sa recherche, sujet qui reste peu évoqué ou encore tabou en sciences sociales. Ce constat nous a conduits à aborder directement cette dimension dans le cadre d’entretiens avec des chercheurs travaillant de longue date sur l’amour.

Les sciences sociales en amour

 I love anthropology – cultural anthropology, my subfield of the discipline – because it is the most human of the human sciences: the one that is the most about people. The one which thinks you can learn about how people live their lives by watching how they live their lives – not by building models of them, or having them live small parts of it laboratories. In order to understand people we study people, and is willing to embrace all the challenges this entails.

 I love anthropology because it is the discipline that takes seriously the idea that our common humanity with those we study is a boon and a strength, not an impediment that distort objective judgment. It works with and works through the fact that we can be powerfully changed by our research, and that this change is a strength. I love the fact that we stick with the project of ethnography despite the fact that it is a project of telling the stories of others, an entitlement to be earned, not a right to representative authority that can be assumed.[…]

I love that fact that we believe our subjectivities add value to our scholarly work, rather than contaminating it.

  Above all I love how anthropology, a science of the human, articulates with our lives: we study kinship, and raise children. We read about enculturation, and we teach students. We analyse power and we try to create a democratic, just world. Our discipline is connected, intimately and irrevocably, to our whole persons – and that’s what I love about it most of all.

Alex Golub. Lettre d’amour à l’anthropologie à l’occasion de la Saint-Valentin 2013

 

Les propos d’Alex Golub – professeur à l’Université d’Hawaï – retracent les raisons de sa passion pour sa discipline : une science qui prend au sérieux l’idée d’une humanité commune, une science qui reconnait la subjectivité du chercheur comme une force et non comme une faiblesse, une discipline qui assume l’idée que la recherche peut transformer le chercheur, une science résolument connectée à nos existences et à nos expériences d’humains.

En ce sens, questionner la place de l’amour au sein de la posture épistémologique invite à réfléchir à la manière dont le chercheur peut être (ou ne pas être) pris, affecté ou passionné par les questionnements de sa discipline, par son sujet de recherche, par certaines pratiques, par des modalités d’être, des personnes ou encore par sa propre quête scientifique (amour intellectuel). Qu’il soit viscéral ou absent, constant et permanent ou qu’il agisse par révélation, sursauts et dans l’instant, ou en continuité du terrain à la restitution, comment l’amour agit sur les sciences sociales sans nécessairement les structurer ? Quelles sont les possibilités et les nécessités d’exprimer cet amour (ou de garder pour soi son désamour[1]) et quels en sont les effets sur la recherche ?

Nous avons souhaité inscrire cette réflexion dans le débat qui s’est instauré en sciences sociales depuis quelques décennies sur l’implication du chercheur, tout en le portant plus loin. Dans ce débat, la question de la situation du chercheur, traitée dans une ethnographie dite « réflexive » (Ghasarian, 2002 ; Weber, Lambelet, 2006) a précédé celle de son implication affective. Cette dernière est souvent traitée en référence à la question de l’empathie et suggère la possibilité d’un certain dépassement de sa propre situation socioculturelle dans l’immersion active et ressentie de celle de l’autre (Gallenga, 2008 ; Gronseth, Davis, 2010). L’intérêt d’une focalisation sur l’amour est qu’elle touche à une modalité d’être et du vécu qui est plus forte, plus personnelle et plus intime que celle de l’empathie, et permet en cela de réfléchir aux effets d’une implication de la personne même du chercheur dans tous les états de la recherche, dépassant de loin une simple nécessité méthodologique. Dans le sillage des travaux de Don Kulick et de Margareth Wilson (1995) sur la subjectivité érotique du chercheur, la question de la subjectivité affective ou amoureuse du chercheur sur son terrain mérite notre attention. La proximité émotionnelle dans ce contexte constitue donc également une voie de co-construction du savoir et nombreux sont les couples qui unissent un chercheur ou une chercheuse avec une personne rencontrée sur son terrain. Dans un autre registre, Pierre Bourdieu parle de l’engagement du sociologue comme d’une sorte « d’amour intellectuel » (Bourdieu, 1993), une disposition bienveillante qui aurait le pouvoir de suspendre – au moins le temps de la recherche – les antagonismes relationnels constitutifs de la plupart des existences humaines (Barnard, 2008). La relation d’enquête, motivée par la volonté de comprendre et de construire ensemble, aurait donc une dimension potentiellement transgressive ou transcendante par rapport à d’autres formes d’échanges ou de coexistence entre humains.

C’est aux fondements mêmes de l’ethnographie en tant que démarche de rencontre avec l’autre que l’on touche ici, dimension sur laquelle nous voulions précisément revenir en nous entretenant avec des chercheurs établis. Conçus avant tout pour comprendre la manière dont l’amour s’était immiscé en tant qu’objet d’investigation, plus ou moins difficilement au regard du contexte de la recherche, plus ou moins spontanément selon les expériences de terrain, les quatre entretiens restitués à la suite des articles tentent également de saisir si parler d’amour depuis une perspective socio-anthropologique constitue un choix à part entière dans ce que le chercheur cherche à dire au monde. Composés de questions communes mais ajustées et affinées selon les personnes sollicitées, les entretiens sont structurés autour de plusieurs problématiques. Tout d’abord il s’agit de comprendre comment la notion de l’amour s’est immiscée dans le parcours et les questionnements du chercheur, d’appréhender comment un tel sujet est affecté et affecte les conditions de la recherche, de saisir l’impact de l’amour sur l’anthropologie ou la sociologie et d’entrevoir sa place dans le rapport au terrain et à la discipline. Pour terminer, nous voulions entrevoir les effets d’une recherche interrogeant les conceptions et les pratiques de l’amour sur l’expérience de l’amour dans la vie du chercheur.

Pour Michèle Pagès, c’est à partir d’une étude sur les rapports sociaux de sexe et d’une sociologie du corps qu’ont émergé les thèmes de l’amour et du couple. Son engagement féministe pour l’égalité homme/femme a orienté sa réflexion sur l’amour étant donné que celui-ci, bien que perçu comme secondaire, constituait un véritable enjeu dans la compréhension des rapports entre les genres. Il s’agissait alors pour elle, à travers une analyse des récits sur l’expérience amoureuse recueillis auprès de couples hétérosexuels en France, de révéler les cadres sociaux de cette expérience. Elle a ainsi cherché à mettre en évidence les conditions sociales de l’attachement, du désir et des préférences ainsi que les catégories de jugement amoureux et les modes de réalisation de la relation. Ceci impliquait également d’aborder l’amour comme une croyance collective qui, de par les valeurs de réciprocité et d’absence de calcul qu’elle véhicule, pousse à dissimuler l’asymétrie dans les relations amoureuses et les formes d’inégalités.

Jennifer Cole, quant à elle, a commencé à traiter de l’amour « par accident », même si, avec le recul, elle estime que ce choix était sans doute surdéterminé. C’est en partageant son temps avec de vieux hommes malgaches au sujet de la mémoire coloniale qu’elle commence à récolter un matériau considérable sur la place de l’amour dans le quotidien de ses interlocuteurs. C’est donc bien au travers de l’expérience ethnographique et parce que l’amour constituait une dimension importante de la vie de ses interlocuteurs que ce phénomène est devenu un sujet central de sa réflexion. L’expérience de l’amour se mue résolument en intérêt scientifique lorsqu’elle travaille avec les jeunes urbains de la capitale qui délaissent la scolarité au profit d’une entrée dans l’économie sexuelle, voie alternative qui leur permet d’assurer une forme de succès (épanouissement personnel et matériel). Elle poursuit alors ses recherches pour comprendre combien les dimensions affective et matérielle (qui sont souvent opposées dans la compréhension moderne de l’amour) sont en fait mutuellement constitutives de l’expérience amoureuse.

Pour Charles Lindholm, l’amour a aussi surgit de l’empirie durant sa recherche sur les Swat Pukhtun du Nord du Pakistan, s’imposant comme la solution d’une série de questionnements, comme une réponse contre-intuitive à l’ethos compétitif de cette société souvent qualifiée d’agressive. L’amour ne constituait pas une préoccupation préexistante à son terrain, il s’est imposé à lui, fut le fruit d’une rencontre « scientifique ». C’est à partir de là que Lindholm ne cessera de réfléchir à l’évolution de ce désir humain pour la transcendance de sa propre condition, de cette quête pour sortir de la prison de soi-même : « nous cherchons toujours à aller au-delà de nous-mêmes », que ce soit au travers de l’amour pour l’autre ou de la subjugation provoquée par le charisme, un autre de ses grands thèmes de recherche. Son hypothèse centrale est donc que l’amour constitue une forme parmi d’autres de cette soif existentielle pour une expérience de connexion avec ce « plus » auquel faisait déjà allusion William James il y a plus d’une centaine d’années.

Pour Catherine Besteman, l’amour se présente comme un engagement au cœur même de la méthode de l’anthropologie, ce qui l’amène à parler « d’amour ethnographique » ou d’expérience de mutualité ethnographique. L’importance des émotions dans les relations de terrain est, selon elle, ce qui fait la « signature » de l’anthropologie : en plus de son code éthique, c’est sa pratique méthodologique intime ainsi que les relations interpersonnelles basées sur le respect, la confiance, la réciprocité et le partage qui la particularisent. Si c’est à partir d’une analyse des questions raciales dans l’Afrique du Sud post-apartheid qu’elle a été amenée à considérer les dimensions affectives et émotionnelles de l’ethnographie, c’est par l’écriture qu’il lui a été possible d’isoler et de formaliser le concept d’amour ethnographique. En outre, c’est précisément en explorant la signification émotionnelle de son rapport au terrain, qu’il lui a été permis, selon ses termes, d’écrire avec plus d’honnêteté et de force sur des sujets sensibles comme la pauvreté et le racisme, et de mieux articuler le déploiement de sa compréhension des dynamiques raciales et de classes au Cap.

Catherine Besteman se distingue ainsi des trois précédents chercheurs interrogés en ce que l’amour n’a jamais constitué un objet de recherche dans sa carrière mais est envisagé comme participant de son travail d’anthropologue. Après avoir écouté les histoires d’amour des vieux hommes malgaches et ce qu’elles disent de l’amour, Jennifer Cole s’est focalisée davantage sur ce sujet en s’intéressant aux jeunes qui, par le biais de la romance, revendiquent une « identité moderne » : phénomène de démarcation générationnelle que l’on retrouve dans de nombreuses sociétés d’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient. Afin de traiter d’un sujet aussi répandu que l’amour, il lui a semblé fondamental de collaborer avec des historiens, afin de prendre en compte les perspectives de deux disciplines : l’anthropologie s’attache à saisir les différences et les ressemblances entre les sociétés contemporaines, lorsque l’histoire questionne ces différences à travers le temps.

Si, pour Jennifer Cole, l’attachement affectif à l’amour en tant qu’objet est comparable aux autres objets d’études, pour Michèle Pagès, l’amour est un objet de recherche comme les autres. Pour cette dernière, tout l’enjeu d’une étude sociologique de l’amour est de démystifier ce sujet et de voir ce qu’il révèle des rapports sociaux : « C’est la rhétorique même de l’amour (une convention sociale si vous voulez) que d’affirmer que l’amour est indicible, non descriptible, non « accountable » comme diraient les ethnométhodologues. Si l’amour est une relation, c’est surtout à travers les dialogues, à travers un certain partage de codes, de signes, (il ne faut pas oublier le non-verbal) avec l’autre que celle-ci s’institue, se donne à voir et se travaille ».

Charles Lindholm, en revanche, donne une définition plus enchantée de l’amour. Il s’agit pour lui d’un acte créatif de l’imagination humaine (1995 : 57) et c’est parce que l’amour relève d’une quête propre à l’être humain que ce sujet le passionne : « Charisma and romantic love are mutually exclusive and competing forms of a panhuman quest for escape from the prison of the self. » Cette différence d’approche, qui s’explique en partie par ce qui distingue la sociologie et l’anthropologie, se retrouve dans le rapport que les deux auteurs établissent entre l’amour et le religieux. Alors que Charles Lindholm parle de transcendance, Michèle Pagès s’appuie sur l’idée de croyance collective. Si le premier touche à l’expérience religieuse, la seconde aborde le religieux en tant que représentation sociale.

La question portant sur « l’amour de la recherche » a provoqué des réponses nuancées parmi nos quatre interlocuteurs. Si pour tous ce n’est pas tant le fait d’aborder l’amour en tant que tel qui provoque une dynamique particulière, ils entretiennent chacun un rapport spécifique à la recherche comme une pratique qui, à de nombreux égards, a quelque chose à voir avec la notion d’amour. Pour Michèle Pagès, l’implication affective, qu’elle soit positive (exaltation et étonnement) ou négative (agacement et contrariété), est un fait propre à toute recherche sans toutefois déterminer sa faisabilité ou la validité de ses résultats. Jennifer Cole, tout en soulignant à quel point les recherches qu’elle a entreprises à Madagascar ont été imprégnées par un réel amour de ce pays et de ces gens, reconnaît également l’importance d’une bonne distance : « But I wouldn’t assume that love is a prerequisite for good fieldwork ; after all, in some cases love makes us blind, and one of the basic premises of anthropological fieldwork since Malinowski is that it is the particular combination of distance and closeness, estrangement and empathy, that contributes to good ethnography. »

Si Jennifer Cole affirme que l’amour du terrain se construit dans le temps, atténuant progressivement les frontières entre « terrain » et « maison », transformant l’anthropologue jusque dans ses questionnements quotidiens, Charles Lindholm et Catherine Besteman vont tous deux plus loin dans la mise en valeur de l’amour comme partie intégrante du travail de l’ethnographe. Le premier affirme que l’ethnographie génère forcément un espoir romantique chez l’ethnographe : pour endurer à la fois les difficultés du terrain, et les faibles promesses d’embauches qui suivront l’anthropologue doit forcément être amoureux de son travail ! Pour la seconde, l’amour ethnographique est animé par les relations avec autrui sans pour autant être une prérogative nécessaire à la conduite de tout travail de recherche. En ce sens, l’amour ethnographique tel que développé par Catherine Besteman se défait du narcissisme de l’anthropologue héroïque pour mieux épouser l’engagement ethnographique, producteur de transformations puisqu’il implique l’incorporation des autres dans la constitution de la personne-anthropologue. Cette forme de transcendance rejoint les propositions de Charles Lindholm qui voit dans l’amour une tentative de dépassement de soi-même à travers l’union avec l’autre. Pierre Bourdieu voyait lui aussi dans l’engagement sociologique une force de transgression par rapport aux antagonismes communs et quotidiens qui ponctuent le plus souvent les existences humaines.

Ce que l’amour fait à la discipline se traduit également au niveau des choix et des possibilités de production scientifique. Catherine Besteman suggère que l’amour est un thème qui peut offrir des possibilités particulières de restitution du discours scientifique. L’amour ethnographique rend l’écriture plus puissante, et peut, selon elle, inciter à suivre des formes alternatives de production et d’engagement communautaire qui se situent loin des attentes et des impératifs liés aux horizons académiques et dans lesquels les désirs et les buts des interlocuteurs de terrain sont privilégiés. Même si ces choix réduisent probablement les possibilités de succès académique du chercheur. Néanmoins, la question de savoir si l’amour peut par exemple inciter de nouvelles formes d’écriture et/ou de restitution du discours scientifique n’a pas suscité de développements significatifs même si, pour Michèle Pagès, « le thème de l’amour se prête […] peut être assez bien à de nouvelles expériences sociologiques » ; et nous suggérons ici que de nouvelles formes d’expériences restent à imaginer, à explorer et très certainement à encourager.

Il demeure néanmoins un aspect sur lequel les quatre chercheurs se rejoignent même s’ils se font plus ou moins loquaces à cet égard. Les conditions de recherche loin d’avoir toujours été propices à l’étude d’un tel sujet, évoluent vers une meilleure considération académique de l’amour. S’il y a quelques années, on faisait remarquer à Michèle Pagès qu’il existait des sujets plus sérieux, si traiter de l’amour pouvait être associé à une forme de trivialité ou de voyeurisme transformant le chercheur en une « figure absurde » (Lindholm) ou suscitant l’énervement (Cole), ou si encore reconnaître le fait que l’amour puisse être une motivation puissante dans le travail ethnographique pouvait être entendu comme quelque chose d’aberrant (Besteman), tous soulignent la reconnaissance et la légitimé progressives qu’a acquis ce thème de recherche. Alors qu’il fut reconnu que l’ouvrage de Jennifer Cole et Lynn Thomas (2009), Love in Africa, est venu combler un manque probant[2], Catherine Besteman affirme que ses travaux ont suscité une forme de soulagement chez d’autres chercheurs ; Michèle Pagès souligne la prise en compte progressive des émotions et des affects en sciences sociales allant même jusqu’à parler d’engouement ; et Charles Lindholm reconnaît quant à lui l’innovation progressive des travaux sur les émotions, l’intersubjectivité et l’amour.

L’inconfort que peut susciter l’amour est lié, selon Catherine Besteman, à la fragilité de ce dernier, à son association avec les affects, l’irrationnel et la subjectivité. L’amour ayant longtemps été un sujet implicitement « féminin » (Cole), Charles Lindholm reconnait le privilège accordé aux thématiques plus « masculines » de la discipline, et cite l’étude du pouvoir ou des classes, par exemple, alors que la dimension « féminine » était négligée (affects, irrationnels) et réservée à une niche de quelques chercheurs femmes ; l’anecdote de son étudiante est particulièrement éloquente à cet égard. Le fait que cinq des six auteurs de ce numéro soient des femmes révèle particulièrement bien encore aujourd’hui cette division genrée du travail socio-anthropologique. Toutefois, la possibilité de publier un dossier entier voué à cette thématique, et le fait que des jeunes chercheur.e.s fassent preuve d’un engagement ferme pour ce sujet longtemps resté à la marge en sciences humaines et sociales, montre l’avènement d’une autre manière de considérer l’amour. Cette évolution, toutefois, est loin d’être aboutie. Catherine Besteman remarque d’ailleurs que parler d’amour envers les sujets que l’on étudie est toujours tabou : « Peut-être que cette sensibilité reflète le patriarcat interne qui continue d’influencer l’ethnographie malgré nos efforts pour tuer l’image coloniale masculine de l’anthropologue comme le héros-aventurier-universitaire isolé, objectif et non biaisé. »

Quelques barrières culturelles et frontières épistémologiques ont pu être dépassées afin d’appréhender et de reconnaître la diversité des manières de concevoir l’amour. Cole l’affirme mais elle ajoute que cette idée ne fait pas encore écho dans le domaine public qui reproduit des visions essentialisées de ce qu’est l’amour. Bien plus, l’amour est aussi, et tout simplement, un moteur à être et à faire, qui en cela outrepasse le cadre des sciences sociales, tout en accomplissant l’une des tâches qui revient à l’anthropologie et à la sociologie : participer au bien commun. Autrement dit si, comme Catherine Besteman le suggère, l’anthropologue a une place de choix pour agir sur le monde, c’est en partie avec empathie, mutualité et amour qu’il peut le faire.

Il n’en reste pas moins que les sciences humaines sont loin d’avoir épuisé le potentiel heuristique d’un sujet comme l’amour, à la fois comme pratique, représentation, modèle, norme sociale, forme d’attachement, quête de dépassement, émotion ; en somme, l’« une des grandes catégories formatives de l’existence » comme le disait Simmel (1984). L’étude de l’amour offre également avec force la possibilité de mettre à l’épreuve cette tension si chère à l’anthropologie, entre diversité et universalité. En-deçà des discours qui encensent l’expérience amoureuse (comme ceux des poètes, des amoureux transis, des soaps étasuniens, ou encore des religieux à propos de leur divinité, etc.), ou au-delà des discours qui réduisent la pratique de l’amour à la simple fonction de reproduction de l’espèce, à une illusion, à une manière d’obtenir des faveurs sexuelles ou encore à une conséquence du capitalisme, les comptes rendus ethnographiques permettent de sortir et de dépasser ces attributions a priori détachées de l’empirie, et de donner toute leur épaisseur à une expérience à la fois singulière et traversée par des « figures imposées » (comme dirait Roland Barthes, 1977), ancrées dans des contextes historiques, politiques, sociaux et culturels, mais aussi au cœur de dynamiques existentielles.

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[1] On pense ici par exemple aux vifs débats et polémiques qui ont fait suite à la publication posthume en 1967 des carnets de Malinowski sur son terrain trobriandais, A diary in the strict sense of the term, rassemblant des écrits dans lesquels l’anthropologue exprime certains moments de désamour pour ses interlocuteurs.

[2] L’intimité africaine ayant été réduite pendant des décennies à l’unique pratique sexuelle sans prise en compte des affects, conséquence de l’hypersexualisation des Africaines pour mieux justifier leur déshumanisation en période coloniale (Cole et Thomas, 2009).







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Émulations n°18 
L’amour en sciences sociales, les sciences sociales en amour


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