Femmes et écologie émulations n°14

L’impact de la responsabilité féminine dans la gestion de l’environnement. 
Regards à partir du principe « Responsabilité » de Hans Jonas


Par Pénélope Mavoungou
Mis en ligne le 2 septembre 2015
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[Résumé] Il est un constat : parler de la nature ou de la biosphère n’implique plus que la simple sphère privée puisqu’à l’instar du mouvement économique, la gestion de l’environnement s’est aujourd’hui globalisée. Pourtant malgré cette mondialisation, la résolution de la question écologique n’est effective qu’une fois prise dans sa dimension locale et familiale. Or, à ce niveau, la question de l’écologie rejoint parfois celle du féminisme. En effet, nombreux considèrent désormais la femme comme une force incontournable dans la protection de l’environnement.

Le rôle de la femme africaine dans la sauvegarde de l’environnement est par exemple essentiel ; la femme apporte bel et bien, là-bas, une plus-value en matière de protection de l’environnement. Cette conception de la responsabilité féminine rejoint d’ailleurs la préoccupation jonassienne de la prise en charge temporelle de l’environnement, ainsi que le stipule sa maxime principale : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » (Jonas 1990 : 40).

Mais ce parti pris écologiste met en débat les courants du féminisme que sont l’essentialisme féministe et le constructivisme féministe. Si, pour le premier, la différence entre l’homme et la femme souligne les atouts féminins, rendant ainsi la femme « naturellement » attirée vers la gestion de l’environnement, le second estime que l’homme et la femme sont « égaux » et que le rapprochement femme-nature constitue une « animalisation ».    
Mots-clés : Hans Jonas, féminisme, écologie.

Introduction

Si le féminisme et l’écologie ont émergé de manière distincte, leurs revendications semblent converger depuis quelques décennies, entre autres, au travers de l’écoféminisme. En effet, que ce soit le courant essentialiste[1] ou le courant constructiviste[2] du féminisme, ceux-ci ont pu se voir enrichi par le cadre réflexif de l’écologie.

Dès le début des années soixante, le féminisme s’est par exemple trouvé lié au mouvement écologique au travers principalement du livre Silent Spring[3] de Rachel Carson. Ce fut ensuite par l’intermédiaire de Françoise d’Eaubonne, en France, que le mot « écoféminisme »[4] émergea.

Alimentée par les réflexions du philosophe Hans Jonas sur la responsabilité environnementale, cette analyse s’attachera à étudier les différentes conceptions des courants féministes vis-à-vis de l’éventuelle responsabilité de la femme dans la gestion de l’environnement. Les courants essentialistes et constructivistes du féminisme, dans leur divergence, nous serviront de point d’ancrage pour souligner le cadre dans lequel s’insère la pratique de cette responsabilité.

Le lien Femme et Nature

Il y a différentes interprétations du lien qui unit femme et nature. Ces interprétations divergent selon que le courant féministe soit essentialiste ou constructiviste. Alors que la doctrine essentialiste, dont Antoinette Fouque fut la théoricienne, naturalisera « l’être femme », le constructivisme de Simone de Beauvoir socialisera l’identité féminine par sa célèbre formule « on ne naît pas femme, on le devient ».

Étudions davantage la conception essentialiste de la femme. L’essentialisme, en philosophie, est une théorie qui s’attache à l’étude des réalités existantes à partir de leur essence, ce qui fait que « ce qui est » est. L’essentialisme s’oppose ainsi à toute forme de contingence. L’essentialisme dans le contexte propre du féminisme

« consiste en la conviction que la femme possède une essence, que la femme a une spécificité qui tient en un ou plusieurs attributs innés qui définissent, abstraction faite des distinctions culturelles et des époques historiques, son être stable, en l’absence duquel elle cesse d’être classée comme une femme. En termes moins abstraits et plus pratiques, un(e) essentialiste, dans le contexte du féminisme, est celle ou celui qui, au lieu de prendre soin de séparer les pôles du sexe et du genre, situe le féminin (thé féminine) au même lieu que l’appartenance au sexe féminin (femaleness) ; celle ou celui pour qui le corps - féminin - reste, fût-ce de façon complexe et problématique, le socle du féminisme. » (Frédéric Clément : 24)

Pour le constructivisme comme paradigme épistémologique, la réalité correspond à la construction de la personne qui l’observe. Comme doctrine, le constructivisme s’oppose donc à l’essentialisme. Le féminisme constructiviste se fonde en effet sur l’idée que les différences qui existent entre les hommes et les femmes sont le résultat d’une construction sociale. Ce type de féminisme qui prend quelques fois le nom de radical s’oriente, selon les cas, au travers d'une dimension plus pratique ou linguistique. Le premier, le constructivisme performatif pointe le doigt sur le pouvoir des mots lorsque le second, le constructivisme interactionnisme, insiste sur la codification au quotidien, des différences sexuelles.

1. L’écologie vue par l’essentialisme

En France, Antoinette Fouque est la première à avoir théorisé et promu une différence essentialiste des sexes. La théorie d’Antoinette Fouque consiste en l’exaltation du droit à la différence et en la promotion de la supériorité de la psychologie matricielle. Cette théorie établit cette différence en considérant que la femme, par sa nature et par son utérus, est un être ouvert au monde, appelé à rencontrer l’autre dans sa différence[5]. Pour elle, l’homme et la femme se complèteraient dans leurs différences et cette complémentarité prendrait pied dans des différences biologiques. La maternité et l’allaitement de l’enfant feraient de la femme la nécessaire compagne de l’homme.

Du point de vue essentialiste, les raisons qui lieraient le combat féministe au combat écologiste seraient donc propres aux caractéristiques de la femme. En effet, la femme entretiendrait depuis les origines un lien particulier avec la nature, ce qui l’amènerait à en saisir à la fois sa fragilité et sa richesse. Cette « femme » n’envisagerait donc pas la nature comme un objet à posséder, mais à transformer avec bienveillance. Qui plus est, puisque la femme donne la vie, celle-ci possèderait l’intuition de la nécessaire préservation du vivant.

Ainsi, avec l’essentialisme, la relation femme-écologie se mue en une idéologie féministe qui, en assimilant la femme à la Planète terre, lui assignerait biologiquement certaines fonctions sociales. Parmi ces fonctions sociales, on trouverait par exemple celui de la maternité. La femme, parce qu’elle est considérée comme une terre fertile qui accueille un grain et qui le porte à son terme, serait plus proche de la nature. La facilité d’allaiter un enfant ou de faire la cuisine, de porter son attention à la tenue de ses enfants ou de son mari, là aussi, semblerait valoir comme autant de gestes d’attentions et de sollicitudes qui trouverait en la nature un reflet.

Les théories essentialistes donnent ainsi à la femme et à l’homme différentes qualités dont ils bénéficieraient « par essence » telles que :

§  Pour l’homme la virilité, le goût de l’abstraction et de l’idéologie.

§  Pour la femme, l’empathie et la compassion naturelle, la douceur, un penchant vers les réalités de la vie quotidienne et l’attention.

Au début des années 1960, cette conception du rapport que la femme entretiendrait avec la nature se prolongera dans l'attribution de sa naturelle attention écologique. Ainsi, le féminisme écologiste-essentialiste opère un saut qualitatif et va dorénavant consister à considérer les femmes, non point simplement comme des « êtres naturels » insérés dans la nature, mais aussi comme des gardiennes de la nature. Accusant les hommes d’être à l’origine de la destruction de l’environnement, les écoféministes essentialistes proclameront la femme comme « principale alliée de la nature », postulant son penchant naturel pour la défense de l’environnement. Ainsi, pour l’essentialisme féministe, la femme serait naturellement encline à se sentir naturellement responsable de la vie. « Naturellement » plus douce et plus proche des réalités quotidiennes, c’est par elle que passerait l’éducation à la responsabilité environnementale.

2.        L’écologie vue par le constructivisme

Si le féminisme essentialiste proclame le droit à la différence, celui-ci ne fait pas l’assentiment de toutes les féministes. Les promotrices du constructivisme dénonceront ces interprétations essentialistes qui atrophient les femmes dans un supposé lien privilégié à la nature. Les différences des sexes qui étaient tantôt valorisées par l’essentialisme deviennent, avec le constructivisme, des différences de genre, socialement construites. Les différences de genre ne seraient en effet pas les résultats inévitables de la biologie, mais dépendraient fondamentalement des processus sociaux historiques.

De ce fait, ces deux courants n’envisageront pas de la même manière leur lien à l’écologie. Entre autres, leur conception du rôle de la femme vis-à-vis d’une responsabilité environnementale divergera fondamentalement. En effet, alors que cette responsabilité environnementale sera considérée par le courant essentialiste comme une spécificité féminine, le courant constructiviste exclura d’emblée cet enclavement des femmes dans des rôles prédéterminés. Pour le constructivisme, l’approche essentialiste reproduirait l’aliénation masculine en réduisant la femme à un simple élément de nature.

Pour Simone de Beauvoir, promotrice du féminisme constructiviste, la femme ne peut être réduite à l’idée de sa parenté avec la nature. Ce serait confondre humanité et animalité. Selon le courant constructiviste, le rôle de la femme ne devrait pas être limité à celui de la procréation et de la protection de la nature. L’identification femme-nature opérée par l’essentialisme ferait courir le risque de réduire la femme à un objet de nature. C’est ce que soulignera Élisabeth Badinter dans son livre Le conflit. La femme et la mère. Elle y dénoncera en effet les risques que l’essentialisme fait courir à l’émancipation de la femme.

Toutefois, même du point de vue constructiviste, il est possible d’envisager une responsabilité féminine écologique. La reproduction sociale du souci de la femme envers le vivant atteste de l’existence d’une réalité (contingente) d’une attention accrue de la femme envers la nature. La responsabilité féminine ne passerait plus alors par la « nature » féminine, mais par l’éducation et le travail. Dans ce cas, la femme qui est attentive à l’environnement n’est pas une « femme brute [6]» qui se confond avec la nature, mais une femme insérée socialement qui porte en elle le souci de sauvegarder la planète.

3.        La vision jonassienne de la responsabilité

Après avoir souligné l’impact des deux courants que sont l’essentialisme et le constructivisme, cette section s’attachera à souligner l’implication de la femme dans la gestion de l’environnement, à partir de la vision jonassienne de la responsabilité.

En voulant exalter l’humain et son développement en société au travers des progrès technologiques, l’époque moderne a relégué au second plan la nature, dont les hommes partagent pourtant l’existence. Ce rapport à la nature, initié par Descartes pour qui l’homme est « maître et possesseur de la nature », est pourtant factice. Avec lui, la relation de l’homme avec la nature devient une relation d’exploitation. L’homme entreverra la nature comme un objet inerte. La question éthique qu’implique le vivant sera dès lors évacuée.

Avec l’idéal humaniste post-moderne qui tend à considérer l’être humain non pas seulement comme celui qui est au centre, mais comme celui qui est inséré dans la totalité cosmologique, l’Occident commencera à revoir sa position. La naissance des mouvements écologiques participera de ce renouveau, en réclamant une modification des rapports entretenus avec l’environnement. C’est aussi dans ce contexte qu’émergera la pensée de Hans Jonas qui fondera l’éthique environnementale.

Dans l’optique jonassienne de la protection de l’environnement, la nature dépend de l’utilisation qu’en fait l’être humain. C’est pourquoi, dans cette gestion de la nature, Hans Jonas juge nécessaire une éthique tournée vers le futur. En insérant l’idée d’une éthique du futur dans le principe responsabilité, Jonas considère que la personne humaine est responsable des actes présents et à venir. L’éthique du futur correspond ici à un engagement que devra prendre la femme, dans l’objectif de préserver et de protéger la nature, pour le bien des générations futures. En effet, du fait de l’agression technologique que l’homme fait subir à l’environnement, cela reste une nécessité. Dans cette optique de futurisation, le principe responsabilité permet de faire en sorte que les actes qui sont posés aujourd’hui soient capables d’impacter positivement l’avenir de l’humanité et des sociétés.

Jonas indique deux lieux de l’exercice de la responsabilité : la famille et l’État, incarnés par la responsabilité parentale et la responsabilité politique. Convaincu que le progrès scientifique, bien qu’ayant des effets bénéfiques, a dépassé un certain seuil et nuit à l’avenir de l’humanité, Jonas pense que le respect et la protection de l’environnement doivent relever d’abord des domaines familiaux et ensuite de celui de l’État.

Dans cette optique jonassienne, ce serait même tout particulièrement à la femme que revendrait cet exercice de responsabilité. En effet, il serait impossible de penser une éducation au respect de l’environnement sans passer par la femme. Plus encore : « la relation de procréation conserve une primauté dont rien d’autre dans les rapports humains ne saurait égaliser l’évidence et la responsabilité » (Jonas : 204).

Ainsi, le lien qui unirait la femme à son enfant équivaudrait au lien qui unirait la femme à l’environnement, car de la conception à la naissance, et tout au long de la vie, la femme continuerait d’éduquer son enfant et de développer une conscience du vivant. De par ses atouts acquis, la femme, épouse, mère, éducatrice, cœur, grand-mère, amie, serait plus apte à assumer une responsabilité environnementale. La femme, parce qu’elle serait davantage en contact avec la vivant, se sentirait une responsabilité particulière et serait considérée comme étant l’une des responsables les plus tangibles de la sauvegarde de la nature.

Hans Jonas va même plus loin : pour lui, ces aptitudes « naturelles » impliqueraient chez la femme un investissement vis-à-vis de son entourage. Elle devrait encourager celui-ci à aimer et respecter la nature, dépasser le rapport despotique trop souvent engagé à son égard. Cette invitation à la prudence se situerait dans une position équilibrée : ce travail de responsabilisation s’ancrerait dans le passé, le présent, le futur et se réaliserait en collaboration avec la sphère étatique.

Ainsi, Hans Jonas proposerait une vision essentialiste de la femme. La femme serait valorisée dans un rôle tout attribué ; elle trouverait sa réalisation complète dans la pratique de la responsabilité. Jonas ferait d’elle un être complémentaire qui, par disposition naturelle, pourrait impulser une prise de conscience.

Ainsi donc, dire de la femme qu’elle serait confinée dans un rôle, c’est méconnaître les qualités dont elle est porteuse et limiter son champ d’action à une dimension professionnaliste ou égalitariste. Elle est aussi cela, mais elle n’est pas que cela, c’est pourquoi dans une perspective d’éducation à la protection de l’environnement, son investissement semble le plus adapté. Éduquer n’est pas un acte de passivité, moins encore un acte de soumission. Dans une visée ontologique, cette éthique est appelée à s’ancrer dans l’être même de la personne. Éducateur et éduqué portent en effet en eux la trace d'une même humanité.

Ce parti pris fait échos à certains témoignages écoféministes, comme celui de l’écologiste Wangari Maathai[7] qui relate son expérience de fille de campagne et souligne le rôle déterminant joué par sa mère pour ses engagements écologiques futurs : « Pendant des longues journées, je regardais également ma mère semer, bêcher, désherber et faire ses récoltes, et j’apprenais ainsi les gestes de la vie » (Wangari Maathai 2007 : 29). La famille et la femme auraient donc ici joué un rôle prépondérant pour cette écologiste.

Dans le cas de Wangari Maathai , l’éducation à l’environnement aurait bel et bien été transmise de génération en génération : « pour m’apprendre à faire mon potager, elle (ma mère) m’avait donné un petit bout de terre de moins de deux mètres carrés au milieu de ses champs. Aux premières pluies, elle me rappelait à l’ordre : tu ferais mieux de planter quelque chose au lieu de bayer aux corneilles ! C’est le moment » (Wangari Maathai 2007 : 61). Ces écrits appuient le propos pour lequel la mère aurait une importance toute particulière en matière d’apprentissage à la terre, de transmission de respect de la terre, la reconnaissant non seulement comme ce qui permet de subvenir au besoin, mais aussi comme ce qui ferait appel à la responsabilité humaine, d’un point de vue éthique. En fait, en lui indiquant que « c’était le moment », la mère de Wangari Maathai tisse une relation qui impliquait une responsabilité. Cette référence se comprend mieux dans le contexte des pays du sud où les femmes militent contre la destruction de l’environnement par les grandes sociétés et les multinationales, par exemple. Il est important de savoir que si les femmes militent, c’est parce que l’environnement naturel et traditionnel est l’une des conditions, sinon la condition la plus importante de la subsistance de leurs villages, de leurs tribus et de leurs clans.

En somme, au nom de l’humanité future, la femme (mère) se sentirait responsable de tout ce qui existe. En ce sens, elle incarnerait emblématiquement le principe jonassien de la responsabilité : « Agis de telle que sorte que ton action soit compatible avec la permanence de la vie sur terre » (Jonas 1990 : 30). Cette maxime jonassienne qui reprend autrement, et dans une autre plus large, la maxime de Kant[8] permet d’abord de replacer la responsabilité féminine dans son contexte, au sens où porteuse de vie et gardienne, la femme est aussi son sanctuaire.

Si on peut ne pas approuver les propos de Jonas et l’idée que le principe de responsabilité environnemental incomberait davantage à la femme, reste que pour certain(e)s ces distinctions sont opérantes. C’est le cas, entre autres, d’un groupe de femmes engagés, en faveur des questions de justice et de paix, qui dans le cadre d’une revendication d’accès à l’eau affirmaient :

« Prenant conscience de notre rôle (…) dans la société, rôle de communicatrice et de gardienne de la vie, nous, (…) sommes choquées de constater que le quotidien du Ponténégrin est fait, depuis quelques années, de manque d’eau (…) qui représente, à nos yeux, la vie » .

Ce message de femmes congolaises, fort en symboles, souligne la considération qu’elles ont pour leur féminité, et leur rôle en tant que gardiennes de la vie. Il souligne aussi combien la femme porte en elle la responsabilité de la société qui l’entoure. L’environnement est en effet un bien dont tout le monde peut user, mais non abuser : « nous sommes je le crois, une espèce supérieure; mais nous n’en sommes pas moins, en dépit de tout, soumis à un certain nombre de lois ; nous faisons partie d’un ensemble. La nature n’est pas seulement notre moyen de subsistance ou le cadre dans lequel se trouve placé l’homme : elle représente pour nous un partenaire. » (Dorst 1971 : 57) La nature doit ainsi être considérée comme faisant partie intégrante du devenir de l’homme : celle-ci est en effet sa condition d’existence.

Conclusion

Jonas développe une vision essentialiste de la femme qui ferait d’elle l’émissaire de la responsabilité environnementale. Tenant compte de sa réalité biologique et de phénomènes sociaux qui lui octroieraient un rôle prépondérant en tant que mère, la femme, pour Jonas, semble en effet bien placée pour éduquer à la responsabilité éthique de l’environnement. En tant qu’elle est le plus souvent celle qui assure la survie de la famille au niveau de la gestion domestique, elle a un combat à mener, dans respect de la nature. Ce point de vue semble d’autant plus vrai pour les femmes rurales, qui, par une pratique respectueuse de l’agriculture, auraient des valeurs à transmettre relatives à la subsistance écologique de notre planète. Le rôle de la femme dans la sauvegarde de l’environnement serait-il incontournable ? Si l’homme a autant un rôle à jouer dans la sauvegarde de l’environnement, certains n’hésitent pas à penser que la femme, de par ses conditions biologiques et sociales, serait une actrice de première ligne. D'autres sont persuadés que maintenir le lien entre la nature et la femme, sans perspective d’éradication de la discrimination sociale, revient à continuer à l’enfermer et à la confiner dans un rôle qui n’est pas sa caractéristique première.

Bibliographie

Badinter Elisabeth (2010), Le conflit : la femme et la mère. Paris : Flammarion Lettres.

Bernier Aurélien (2012), Comment la mondialisation a tué l’écologie : les politiques environnementales piégées par le libre-échange. Paris : Mille et une nuits.

Collectif (2002), Ecologie : quand les femmes comptent. Paris : L’Harmattan

De Beauvoir Simone (1949), Le deuxième sexe. Paris : Gallimard.

Ferry Luc (1992), Le nouvel ordre écologique : L’arbre, l’animal et l’homme, Paris : Éditions Grasset & Fasquelle

Shor cité par Frédéric Clément (2011), Machines désirées : La représentation du féminin dans les films d’animation Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, Paris : Éditions L’Harmattan, 2011.

Jonas Hans (1990), Le principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique. Paris : les Éditions du

Cerf-traduction de Jean Greisch Das Prinzip Verantwortung.

Kant Emmanuel (1994), Métaphysique des mœurs. Paris : Flammarion « Garnier Flammarion philosophie »-traduction de Alain Renaut.

Laye Camara (1953), L’enfant noir. Paris : Plon Éditions Pocket.

Matagne Patrick (2002), Comprendre l’écologie et son histoire : les origines, les fondateurs et l’évolution d’une science. Paris : Delachaux et Niestlé.

Ricœur Paul, (1996), Soi-même comme un autre. Paris : Éditions du Seuil.

Riot-Sarcey Michèle (2008), Histoire du féminisme. Paris : Éditions la découverte.

Theis Robert (2008), Jonas : Habiter le monde. Paris : Éditions Michalon.

Wangari Maathai, (2007), Celle qui plante les arbres. Paris : Ed. Héloïse d’Ormesson, traduction de Isabelle Taudière.

Articles :

Biehl Janet, (2011), « Féminisme et écologie, un lien naturel ? ». In le Monde diplomatique. Paris. (Reprise de Françoise d’Eaubonne (1990), « Que pourrait être une société féministe ? » In Liberté, égalité… et les femmes. Paris, L’harmattan

Dorst Jean (1971), « Menacés par une éco-catastrophe ». In La nature : problème politique. Paris : Éditions Desclée de Brouwer.

Naomi Shor, »Cet essentialisme qui n’en est pas un ». In Multitudes : http://multitudes.samidzat.net/cet essentialisme qui n’en est pas un.

Message de L’Union Diocésaine des Religieuses de Pointe-Noire (UDR) à l’occasion de la journée mondiale de l’eau, 2007.

Entretiens :

Chantal Zock, entrepreneure et mère de famille, Amérique du Nord

Marie-Anne : femme féministe et écologiste, Toulouse

Anny BOZO, femme au foyer, Toulouse


[1] Théorie dont Antoinette Fouque est le visage de proue.

[2] Théorisée par Simone de Beauvoir, notamment avec la célèbre formule : « on ne naît pas femme, on le devient », (pp. 285-286).

[3] Rachel Carson, Silent Spring est le titre du livre publié en 1962. Elle traite pour la première fois de l’écologie en lien avec le féminisme.

[4] À l’origine, l’écoféminisme dénonce la triple action de l’homme occidental sur la femme, les pauvres et la nature.

[5] Antoinette Fouque, militante des droits des femmes et instigatrice du courant essentialiste féministe.

[6] Femme brute ici voudrait signifier, une femme à l’état primaire qui se confondrait à la nature brute.

[7] Prix Nobel de la paix 2004 : fondatrice du mouvement écologique de la ceinture verte au Kenya.

[8] Maxime kantienne : » Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».


Article publié en version papier aux Presses universitaires de Louvain dans le n° 14 de la revue Émulations  :
Femmes et écologie


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Volume édité avec le soutien du Fonds FIPE de L'Assemblée générale des étudiants de Louvain (AGL).