Viriathe est là : quand le héros antique s’invite dans le présent

Par Manuel Neves
Doctorants à l'EHESS/LISST
Mis en ligne le 5 décembre 2013

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 Résumé/Abstract 


[Fr] Les sources gréco-romaines nous racontent le récit de Viriathe, chef lusitanien qui a mis à mal plusieurs légions romaines en Hispanie. Stratège et homme de valeurs, il est érigé au rang de héros national par le Portugal à partir du XVème siècle. Beaucoup plus récemment, un hameau de l’intérieur montagneux du pays s’affiche comme ayant des liens traditionnels avec lui. De manière autonome, l’ensemble de la collectivité construit, valorise et exhibe avec fierté son lien avec Viriathe. Il s’agit ici de rendre compte de l’ensemble des stratégies d’appropriation mises en place dans le renforcement du lien identitaire et sa patrimonialisation.

[En] The Greco-Roman sources tell us the story of the warrior Viriathus, Lusitanian chieftain who gave grief to several Roman legions in Hispania. Strategist and man of values, he has been elevated to the rank of a Portuguese national hero since the 15th century. For example, a hamlet in the inland mountainous countryside claims to have traditional links with the hero. In a manner of self-taught historians the whole community constructs, valorises and exhibits with pride its link with Viriathus. The aim here is to show, and understand, the various strategies of appropriation that are developed to reinforce an identity that is linked with the land’s heritage.

Introduction


Le héros, nous dit-on, a cent visages. Partir sur ses traces, c’est parcourir les sentiers de l’histoire et de la mythologie, du folklore, de la philosophie, de l’art, de la sociologie et bien d’autres encore, en sorte que le chercheur peut aisément être entraîné sur des chemins où seul un héros oserait s’aventurer. (Misha, 1998 : 181)

Très vite élevé au rang de héros[1], Viriathe marqua profondément l’histoire de l’Antiquité en tant que guerrier stratège lusitanien[2] qui s’insurgea contre l’invasion romaine en Hispanie. Ses exploits militaires au IIe siècle avant notre ère le font entrer dans la galerie militaire des grands chefs au même titre qu’Hannibal, Vercingétorix, Arminius ou encore Alexandre Le Grand. Ainsi, on va le voir, Viriathe sera porté par sa gloire au-delà des temps, parcourant l’histoire jusqu’à nos jours.

Il a une première vie en tant que grand guerrier lusitanien luttant courageusement et stratégiquement contre les envahisseurs romains. Une nouvelle vie lui est concédée par le biais des écrits divers qui lui sont dédiés, pour ensuite devenir un symbole de courage et vertu de tout un pays : le Portugal. Il va même jusqu’à réapparaître en chair et en os, ou devrais-je dire en pierre et en bronze, dans un petit village de la Serra da Estrela2. Village dont les habitants, par le biais direct ou indirect de cette matérialisation du héros, affichent une tradition légendaire le concernant. Le village de Folgosinho[3] est porteur d’un patrimoine qui lui est propre et semble conserver et  transmettre au sujet de Viriathe un ensemble de petites histoires qui se faufilent et s’entrelacent avec l’Histoire. Ainsi, je m’intéresserai tout particulièrement à la relation entre la tradition et les monuments. En d’autres termes, il s’agit de mettre en évidence la manière dont la mémoire collective et le monument font bon ménage au village. Ce n’est qu’en découvrant plus en détail ce que veut nous montrer ce village, entendre ce que veulent nous dire ses habitants mais aussi, savoir ce que l’histoire a retenu, que l’on sera en mesure de saisir quelle place et quels rôles sont accordés à Viriathe.

À la découverte du Viriathe local


Avant tout, il semble important de souligner que les premiers pas que j’ai effectués à Folgosinho l’ont été à la recherche de Viriathe et non par hasard. En effet, son nom se trouvait déjà associé à ce village dans plusieurs œuvres dédiées au héros. Or, la communauté vivant dans ce village ne se limite pas à subir passivement cette association puisqu’elle la vit avec originalité et abondance. Ainsi, on trouve dans ce village à la fois des évocations matérielles mais aussi orales qui créent un lien fort avec Viriathe ou en sont le résultat. Ces deux modes d’expression seraient les porte-paroles d’une légende bien présente le concernant.

« Comme les autres symboles d’identité communautaire à l’œuvre dans le travail de représentation, le héros est polysémique, interprété et réinterprété selon les structures de pouvoir qui existent à l’intérieur du champ social. » (Bryan, 1999 : 35) Il est intéressant de retenir cette idée de malléabilité dont est affecté le héros et qui est source de manipulations au fil du temps et des besoins de la communauté qui le choisit. Folgosinho semble lui avoir accordé une place bien spécifique et un rôle important en tant qu’acteur d’histoire mais aussi, et surtout, de mémoire.

La face visible : les monuments

Au Portugal, une région est particulièrement connue et reconnue pour ses hauts sommets. La Serra da Estrela est ainsi la seule zone montagneuse du pays où l’on peut trouver de la neige en abondance. Mais lorsqu’on évoque cette chaîne, un grand nombre d’autres attributs viennent s’y greffer. En particulier ses beaux paysages, ses produits du terroir, sa réserve naturelle hors pair, mais aussi, et notre attention se focalise particulièrement sur ce point, sa longue et abondante histoire.

Perché à exactement 933 mètres d’altitude, avec une vue époustouflante sur les alentours, on trouve un petit village nommé Folgosinho, fort de ses quelque cinq cents  habitants. Quelque chose de particulier attire l’attention lorsqu’on arrive : son panneau de bienvenue. En effet, sur celui-ci on peut lire : « Bienvenu en terre de Viriathe ». Intrigué, on est invité à s’aventurer davantage dans cette terre, et on découvre peu à peu un village où le nom de Viriathe est omniprésent.

Pour mieux se faire une idée de ce personnage, une fontaine se trouvant à l’entrée du village lui rend hommage. Sur celle-ci des azulejos[4] représentent un personnage qui porte le nom de Viriathe. On y voit un homme barbu, avec une lance et un bouclier rond. Ses habits et son équipement sont anachroniques ; la tunique et la ceinture renvoient au Moyen Age tandis que le casque et le bouclier font allusion aux Vikings. C’est en lisant le poème qui l’accompagne qu’on découvre son association avec la « Grande Rome ». En face de cette fontaine, et comme pour lui répondre, il y a une maison en pierre qui, sans être en ruine, semble inhabitée. Sa façade révèle une pierre en forme de bouclier sur laquelle il est possible de lire : « Hic Domus Viriati Fuit » (Cette maison était à Viriathe en latin), ce qui ne laisse pas de doute : il s’agirait de la maison du héros lusitanien. Une maison qui, d’après le style architectural, semble être vieille de plusieurs siècles, mais ne date sûrement pas de l’époque romaine.

C’est en arrivant sur ce qui semble être l’espace central de Folgosinho que l’on en apprend un peu plus au sujet de Viriathe. En effet, lieu de rencontre des villageois, la place centrale porte le nom du héros lusitanien. Un espace carré d’une vingtaine de mètres de côté, muni de bancs de pierre à l’abri du soleil grâce à l’ombre apportée par quelques arbres alignés. Sur les trois murs qui l’entourent sont fixées des plaques où l’on peut lire : « Adro[5] de Viriathe : héros de la Lusitanie et vainqueur de quatre Préteurs[6] romains », « Adro de Viriathe : berger-guerrier de ces monts » et enfin : « Adro de Viriathe : vengeur de la traîtrise de Galba ». Ainsi, si l’on se fie à ce qui est dit par ces inscriptions, Viriathe s’est battu victorieusement contre les romains au point de devenir un héros dont le nom est choisi pour être arboré au cœur du village. Sur le quatrième mur, celui de l’église, on peut lire un extrait de l’hymne de Folgosinho dans lequel il est question « du plus grand guerrier de la Lusitanie ».

En suivant des panneaux indicateurs sur lesquels on lit son nom, et croyant y trouver plus de détails sur sa personne, on se retrouve quelques rues plus haut devant une statue récente en bronze, qui le représente en taille réelle comme un guerrier muni une fois de plus de son bouclier et de sa lance[7]. Il prend la posture d’un chef qui engage l’attaque sur l’ennemi, la lance pointée vers le haut. Sur le socle de la statue, un rectangle d’un mètre et quelques de haut, on peut lire : « À Viriathe, originaire et fondateur de Folgosinho comme le signale la tradition ».

Une partie du brouillard qui entoure ce personnage se lève peu à peu. Mais un autre plus épais semble l’entourer progressivement. Comment expliquer un tel dévouement pour un guerrier si distant dans le temps ? Qui sont les acteurs de cette patrimonialisation et est-elle le miroir de la collectivité ? Enfin, qu’en est-il vraiment de cette « tradition » affichée au pied de la statue ?

La face cachée : les discours

Or, pour souligner cette tradition, pour montrer que c’est avec elle que s’affirme la face visible de l’iceberg, il ne nous est pas difficile d’entendre parler de Viriathe à travers le discours des habitants. Ainsi, tous ceux qu’il a été possible de rencontrer connaissent, ne serait-ce que sommairement, Viriathe. Les jeunes enfants qui vont à l’école, les adolescents, leurs parents et leurs grands-parents, tous partagent un ensemble de mémoires, de savoirs et de légendes qui accordent une place à Viriathe. Et bien que quelques érudits locaux soient désignés par les habitants comme les porteurs de cette tradition, il est clair que tous font état, plus ou moins intensément, d’un lien local avec le héros. Or, si « La mémoire collective est ce qui reste du passé dans le vécu des groupes, ou ce que ces groupes font du passé. » (Nora, 2011 : 300) il serait intéressant de soumettre la mémoire des habitants de Folgosinho à cette double relation suggérée par Pierre Nora afin d’en déterminer sa passivité ou au contraire son dynamisme.

« En milieu agricole, la connaissance relative à l’histoire des lieux, aux marques de l’espace, à la mémoire des pierres et des édifices, s’annonce toujours par les locutions : “Il se dit”, “J’ai entendu dire”, “Je me suis laissé dire”. Le dire, l’oralité, la communication et la sociabilité sont à son principe. Dans cette micro-société où la prégnance des pratiques d’entraide témoigne de celle du lien social, on retient du passé ce qu’il en est transmis et véhiculé de l’un à l’autre. » (Bergues, 2000 : 106) C’est pourquoi, lorsque l’avis des habitants est sollicité, la quasi-totalité des interlocuteurs commence par la même expression : « Ils disent que… ».

À ce stade, ce que dit Martine Bergues nous aide à mieux cerner l’importance sociale de ces expressions courantes, mais aussi à circonscrire une zone dans laquelle cohabitent éléments matériels et oralité. En effet, en prenant appui sur ces propos, les bases de cette approche sociale et historique de Folgosinho émergent. Bien que le monument soit important parce qu’il réaffirme la tradition, la mémoire collective, il ne peut être mis en valeur que par le biais du discours. C’est donc en faisant parler les habitants qu’il devient possible de faire une première ébauche de ce que représente Viriathe aujourd’hui socialement.

Ainsi, les premiers mots révèlent un savoir minimaliste à son sujet : « Il était un guerrier, qui a été dans des combats », « Un homme puissant qui parcourait le monde en combattant. » Certaines notions restent vagues, agrémentées par quelques « je ne sais pas » malgré le rajout de détails : « C’était un berger qui s’est battu contre les Romains. Il a été tué par traîtrise par ses amis. » Bien que certains m’aient dit qu’il s’était battu contre les Maures, et d’autres pendant la guerre civile d’Espagne, ceux qui le situent avec une relative précision dans le temps sont les plus nombreux : « Ça fait si longtemps qu’il a été, Viriathe. », « Avant Jésus, il y a plus de deux mille ans. »

Très vite, les propos des habitants révèlent une volonté d’appropriation : « Et toujours, la tradition de Folgosinho, de mes ancêtres, de mes grands-parents, de mes arrières grands-parents, ça s’est toujours dit que Viriathe était de Folgosinho. Donc c’est une tradition dont on ne sait pas si c’est une réalité, mais les traditions comptent aussi beaucoup. » Et plus qu’une appropriation, par ces mots l’importance de la tradition, de sa force quasi autonome, prend tout son sens : « La tradition dit qu’il est d’ici… Attention, je ne vous dis pas qu’il était d’ici, je vous dis que la tradition dit qu’il était d’ici. »

Au fil des rencontres, des légendes se réveillent et racontent même que ce serait Viriathe qui aurait donné le nom à Folgosinho. Précisons d’ores et déjà, et avant de poursuivre, que nous entendons ici la légende comme la mise en circulation et le partage par voie orale de discours inhérents aux évènements historiques relatifs à Viriathe, pour la plupart fruit de l’imagination populaire locale. Ainsi, « dans le temps de la guerre il (Viriathe) est arrivé ici en haut : "laissez-moi prendre un peu de souffle. " il venait fatigué… Ce sont des légendes. C’est une tradition. » Or, en portugais souffle se dit fôlego, et son diminutif fôlegosinho, oralement, ne fait aucune différence avec Folgosinho. Il existe ainsi une forte relation entre la légende et la tradition dans ce village. Relation qui aurait une influence sur la mémoire collective puisque, comme nous dit un professeur d’histoire, originaire de Folgosinho : « Tout ce qui nous plaît, on le garde et on aime le transmettre. » Et Viriathe est ainsi intégré comme source d’identité culturelle  par les habitants : « Sans aucun doute, Viriathe est une identité très importante pour tous les habitants. »

Ce qui génère un sentiment d’orgueil partagé par les habitants du village de Viriathe : « On est fier d’être et que les autres disent qu’on est de la terre de Viriathe. Pour moi ça veut dire que c’est un souvenir très bon et très ancien. Au moins on a encore des louanges dans ce village. » Certains vont d’ailleurs nourrir le sentiment d’appartenance à un long lignage : « C’est un guerrier, il s’est battu pour nous, pour notre peuple ! Ce sont nos ancêtres. » Le héros de l’Antiquité est consciemment présenté comme l’attribut identitaire local. En l’arborant avec fierté les habitants dévoilent leur désir de faire partie de l’héritage laissé par Viriathe.

Véritable croyance collective à la manière de Pascal Sanchez (2009), elle est ici bricolée par les habitants. Dans ce processus d’appropriation à travers le discours ressort une tradition qui semble légendaire et qui serait liée à la mémoire collective. Auquel cas, peut-on supposer qu’elle se sert des monuments pour s’exprimer ? Et si oui, quelle relation entretiennent-ils ? Mais d’abord, afin d’être en mesure de mieux répondre à de tels questionnements, il serait intéressant de comprendre comment Viriathe est arrivé à Folgosinho.

D’où vient ce lien ?

Historiquement parlant[8], le territoire communément désigné comme appartenant aux Lusitaniens, l’« Herminius Mons[9]», est assez vaste. Il correspond à la zone montagneuse située au centre Nord-Est du Portugal au cœur de laquelle, sur la route vers le sommet et en pleine réserve naturelle, se trouve le village de Folgosinho. Mais si le lien entre le terme latin et la Serra da Estrela est avéré, peu d’érudits s’avancent à localiser avec plus de précision le lieu d’origine du héros, d’abord parce que les sources sont extrêmement vagues[10], et surtout parce qu’il n’existe aucun vestige matériel qui puisse être directement associé à Viriathe.

On trouve pourtant quelques auteurs qui s’aventurent à citer la terre de Viriathe. C’est le cas d’Antonio Lacerda : « Le mont de Saint Tiago[11], anciennement appelé Herminius Mons, se trouve près de Folgosinho (…) berceau de Viriathe. » (Lacerda, 1908 : 17) Ce qui est d’ailleurs l’avis de ses habitants puisqu’ils feront la même association : « Parce qu’il (Viriathe) gardait ses moutons sur le Monte Herminio, nous ici on a les Montes Herminios, juste ici (me précise-t-on en pointant du doigt en hauteur et en direction du Sud) au-dessus, à Saint Tiago. » Si, comme nous venons de le voir, les habitants évoquent l’association géographique entre Viriathe et Folgosinho, beaucoup parlent aussi de la similitude culturelle entre ses habitants et les Lusitaniens.

De fait, l’économie des Lusitaniens était étroitement dépendante du bétail et par conséquent ils étaient connus pour leurs qualités de guerriers bergers[12]. Il n’y a pas très longtemps les habitants de Folgosinho étaient également connus pour être en possession du plus grand nombre de têtes de bétail par habitant du pays. La tradition liée à la garde des troupeaux est très forte pour les deux peuples, et était leur seule véritable économie de subsistance. Et bien que les choses aient changé[13], cette tradition est devenue pour les habitants de Folgosinho leur véritable attribut culturel. Comme le souligne Antonio Rodrigues, le « berceau » de Viriathe se trouve « dans la plus grande agglomération des monts où il y a toujours eu le plus de bergers et de troupeaux (…) qui reçu plus tard le nom de Folgosinho. » (Rodrigues, 1986 : 42)

En un véritable syllogisme, l’argument culturel refait surface : « Bien sûr qu’en réalité Folgosinho a toujours été une terre de bergers, Viriathe était un berger, donc je trouve très naturel qu’il aurait été d’ici, et ça ne m’étonne pas du tout que la tradition ait un fond de vérité. » D’ailleurs, lors d’une conversation avec le professeur Guilherme, voici ce qu’il dit : « Etant professeur ici, je me devais d’aller à la rencontre de cette tradition, que je devais défendre et transmettre pour affirmer la présence de Viriathe à Folgosinho depuis les premiers jours de sa vie. » D’après son discours il ne faisait qu’appuyer une mémoire collective déjà prédominante. Mais depuis quand ? Là reste encore le doute, car dans mon premier abord du village, j’ai été frappé par la forte présence de monuments dédiés au héros. Certains me semblaient faire partie de l’espace villageois depuis longtemps, à tel point que j’en suis aussi venu à supposer que ceux-ci étaient les déclencheurs de cette tradition. D’autant plus que, lorsqu’on se promène dans le village, on rencontre une quantité importante de panneaux ou inscriptions qui insistent sur ce caractère traditionnel de l’affinité entre le héros et la localité.

Pour répondre à cela, je dispose de deux éléments. Le premier est un texte datant de 1712, où le chroniqueur Frei Agostinho fait une description de Folgosinho dans laquelle le mot est déjà présent : « Il est tradition que ce village fut édifié par le capitaine Viriathe (…) »[14] Tout porterait donc à croire qu’une tradition était déjà d’actualité au XVIIIème siècle. Le deuxième élément permet quant à lui de savoir si les habitants évoquaient leur lien avec le héros avant le premier monument, soit 1937, date à laquelle, on va le voir, commence la mise en valeur matérielle du héros antique dans le village. C’est une dame qui, du haut de ses cent sept ans, me dit au sujet de Viriathe : « Je devais avoir mes six ans quand j’entendais dire qu’il était d’ici. Tous le disaient. ». Ainsi, une tradition bien ancrée en plus du parallélisme culturel et géographique entre les Lusitaniens et les habitants de Folgosinho, crée cette sorte de symbiose et sert de ciment à l’identité de la communauté. Que ce soit par le biais des représentations matérielles ou orales, l’importance de la tradition locale ressort sans arrêt lorsqu’il est question de Viriathe à Folgosinho. Cette tradition s’appuie sur tout un ensemble de légendes qui encadrent le héros et qui, vraies ou non, expriment surtout une relation de proximité entre les habitants et leur berger guerrier. C’est à travers cette relation et les choix qui sont faits pour la mettre en valeur que l’on est en mesure de cerner quelle vie est donnée à Viriathe aujourd’hui à Folgosinho.

 Entre monuments et légendes : quels patrimoines ?


Folgosinho s’est approprié l’image de Viriathe par les « bricolages » que l’on vient de voir. Ainsi, il est choisi comme le représentant de la communauté villageoise et de ses valeurs. Entre l’histoire et la légende, les habitants se sont frayés un chemin qui est désormais palpable, d’une part à travers la mémoire collective et d’autre part à travers la construction de monuments qui sont dédiés au héros. Par ce geste, celui qui est représenté dans le monument fait partie du patrimoine culturel du lieu qui l’accueille. « La fonction même de la valeur de remémoration intentionnelle tient au fait même de l’édification du monument : elle empêche quasi définitivement qu’un monument ne sombre dans le passé (…) [et permet qu’il atteigne] l’immortalité, l’éternel présent, la pérennité de l’état originel. » (Riegl, 1984 : 85)

Ce jeu qui se construit entre la mémoire et le monument affiche l’engagement de l’ensemble de la communauté. Il est le baromètre de la relation qui s’établit entre le patrimoine culturel et ses acteurs. En cernant cette interaction il est possible de mettre en miroir le patrimoine affiché et son véritable accueil par les villageois. Par conséquent, après ces approches du village, de ses choix dans les manières de représenter son rapport avec le héros lusitanien, il devient intéressant de se demander si le patrimoine matériel qui foisonne à Folgosinho autour de Viriathe est le reflet de la tradition et de ses légendes. Que révèle sa matérialisation, et surtout quelles en sont les répercussions dans le village ?

Vers une matérialisation du patrimoine mémoriel

Dominique Poulot dit au sujet du patrimoine matériel que : « les objets valent en tant qu’ils exaltent le sentiment d’appartenance à un groupe, dans le respect de ses traditions, le concept de ses préjugés, l’entretien de son héritage. » (Poulot, 1995 : 191) Ainsi, les monuments historiques extériorisent une intention de s’approprier un idéal et ce qu’il véhicule. En d’autres termes, et pour reprendre l’idée de Daniel Fabre, les monuments sont un outil pour « domestiquer l’histoire » (Fabre, 2000 : 1). Domestication qui, dans ce village, se caractérise à la fois par le choix d’un espace où Viriathe est représenté mais aussi par le choix des attributs iconographiques qui résument le héros lusitanien. Ces choix vont être assumés, on va le voir, par des créateurs de patrimoine matériel, et jouer, semble-t-il, le rôle de porte-parole des valeurs de la communauté. Sensibles à la légende, ils activent la mémoire collective, la matérialisent pour la rendre perceptible à une plus large échelle. Mais dans ce processus, jusqu’où l’image de Viriathe est-elle manipulée, voire transfigurée ?

Le premier à déclencher ce processus de matérialisation du patrimoine fut João de Vasconcelos. Il était originaire de Folgosinho, mais a fait sa vie et sa carrière à Lisbonne en tant qu’avocat et aussi en tant que juriste pour le trésor public. Selon le Professeur Guerrinha, « il connaissait toutes les personnes d’influence et distribuait les subventions dans le pays. Alors, très ami de sa terre, il a essayé de canaliser ici quelques investissements. » Ainsi, c’est grâce à lui que l’on trouve à Folgosinho une grande quantité de constructions ou reconstructions qui portent sa signature. Essentiellement aux alentours de l’année 1937, plusieurs structures sont mises en valeur dans le village, pour la plupart en lien avec Viriathe. Or, il est intéressant de se demander si les choix de João de Vasconcelos des lieux qui représenteront le héros lusitanien sont anodins ou s’ils correspondent, au contraire, à une véritable réflexion et révèlent des intentions précises. Quant au choix du héros, la tradition semble l’avoir inspiré.

Folgosinho compte quatre fontaines principales réparties dans le village, toutes refaites à cette époque par João de Vasconcelos. Elles sont décorées par des azulejos avec des inscriptions dont il est l’auteur. Deux de ces sources portent des poèmes amoureux tandis que les deux autres sont dédiées au héros de l’Antiquité. Sur la première on peut lire : « Village de Folgosinho, édifié à l’endroit où est né Viriathe, comme le signale la tradition. » Sur la seconde, à l’entrée du village, on peut voir représentée l’image de Viriathe, en bleu sur fond blanc. Ce dessin d’un mètre et demi de haut est la première représentation faite à Folgosinho le concernant. Or, l’espace sur lequel il est représenté présente un intérêt particulier. En effet, ces fontaines, il n’y a pas si longtemps, étaient un lieu de forte sociabilité. Par conséquent nombreux étaient ceux  qui approchaient quotidiennement l’image du héros, et celle-ci les accompagnait dans les tâches journalières. Le héros était ainsi habilement inséré au cœur de la vie sociale du village et faisait partie intégrante de leur quotidien.

Mais João de Vasconcelos ne s’arrêta pas en si bon chemin et décida de mettre en valeur une maison qui se trouve par ailleurs juste en face de la fontaine dont on vient de faire mention. « Il a choisi la maison la plus jolie, avec des retouches manuelines[15], et il lui a mis une plaque. Les propriétaires ne se sont pas opposés… », me confie un habitant. Sur cette plaque on peut lire en latin « Hic Domus Viriati Fuit ». Toute date est absente, volontairement ou involontairement. Pourtant il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste des Lusitaniens pour avoir un doute sur la sincérité de cette inscription… Mais ce qui compte, à vrai dire, c’est l’effet qu’elle produit sur ceux qui la lisent, comme me l’avoua le Professeur Guilherme, un historien natif de Folgosinho : « La plaque en latin donne une allure… » Sans doute, l’effet de réalisme donné par cette plaque est basé sur le fait qu’elle est écrite dans une langue ancienne, que la grande majorité des habitants n’est pas en mesure de traduire mais qui est en mesure d’affirmer sa valeur d’ancienneté.

Et il n’y a pas que la plaque, la maison aussi fait penser à des temps anciens, comme l’écrit un érudit originaire de la région, Antonio Rodrigues : « A l’entrée du village, sur une très ancienne maison, fut posée une plaque (…). Le côté du soleil couchant de cette habitation conserve encore des motifs de la plus haute Antiquité et une marque qui n’a pas de pareille au village. » (Rodrigues, 1986 : 42) Je dois avouer que ces motifs, je ne les ai pas vus, et pourtant ce n’est pas faute de les avoir cherchés. Mais dans le fond, ce qui compte c’est ce qui se dit. Étrangement, en dépit de ses affirmations, l’auteur émet un doute : « Il est évident que de telles particularités ne garantissent en rien qu’elle aurait été la "maison de Viriathe". Ce serait une affirmation ou conviction entièrement despotique (…) si l’on tient compte des sources historiques limitées sur Viriathe (…) » (Rodrigues, 1986 : 42).

S’ajoute à cela le fait que son style architectural n’a rien à voir avec celui des autres maisons rurales typiques. Elle est carrée, sans véranda et sans infrastructure pour accueillir des animaux au rez-de-chaussée. En d’autres termes, elle ne ressemble en rien à une maison de berger et encore moins d’agriculteur. Je tiens quand même à préciser le fait que cette maison dégage par sa stature une certaine valeur d’ancienneté. Certes, son architecture n’est en rien semblable à celle de l’époque des Lusitaniens, mais personne ne peut nier qu’elle compte déjà plusieurs siècles d’existence. Ainsi, on pourrait voir dans le choix de représentativité qu’est la maison de Viriathe, le transfert d’une marque d’ancienneté d’une période sur une autre. Autrement dit, la charge d’ancienneté qu’elle dégage, et qui renvoie à un temps très distant, permet alors de servir le héros, qui, dans la notion temporelle des habitants, appartient également à ce passé distant.

En fait, les maisons des Lusitaniens étaient rondes… Bien que, et un habitant me l’a rappelé, rien n’empêche qu’en dessous de cette maison puissent se trouver les vestiges de la vraie maison de Viriathe… L’envie d’y croire semble ainsi autoriser la mise en avant d’arguments difficiles à infirmer.

La contribution de João de Vasconcelos à la matérialisation de Viriathe au cœur de la communauté va prendre son essor avec la place centrale. En effet, celle-ci est entièrement refaite en 1926, et ce n’est que plus tard que sera fixé, sur le mur latéral de l’église qui donne sur le forum, l’hymne de Folgosinho, composé par le même João de Vasconcelos, qui insiste sur la gloire de cette terre et de son héros15. Sur les trois autres côtés du forum, comme on l’a dit, on découvre les trois plaques où l’on peut lire « Adro de Viriathe », chacune apportant une information supplémentaire sur le héros. « C’est lui (João de Vasconcelos) qui a fait mettre ces plaques. » Le choix de donner un tel nom est très révélateur de la teneur sociale que prend Viriathe en ce lieu. En effet : « Aujourd’hui il (le forum) est la salle de réceptions pour ceux qui nous visitent, le point de rencontre des villageois, le centre de convivialité et de distraction, pendant les fêtes, il est le lieu préféré des plus âgés et des enfants, des jeunes et des adultes, vers où toutes les rues convergent. » (Abrantes, 1993 : 150)

Bien d’autres structures furent aménagées par sa volonté mais celles dont on vient de parler sont les seules qui sont directement liées à Viriathe : « C’est lui (João de Vasconcelos) qui a apporté la publicité à ce village. » Une publicité qui ne peut se mesurer sur le plan touristique mais plutôt érudit. Car tout touriste vient d’abord pour les hauts sommets du Portugal, dont le village est voisin, Viriathe est un plus et rarement un motif de visite. D’autant qu’il manque d’éléments archéologiques susceptibles d’intéresser.

Ce qui mérite par ailleurs d’être retenu est le fait que toutes les bases sur lesquelles il a exposé ou associé l’image de Viriathe sont catalyseurs de lien social. Les fontaines, la maison et le forum à son nom et où l’on peut lire une partie de l’hymne du village, sont autant de représentations et d’allusions au héros qui habite le quotidien des habitants. De fait, ces représentations sont le reflet d’une mémoire locale et leur impact sur le public dépend des lieux à travers lesquels elles s’expriment. Par ailleurs les textes qui lui sont associés et la richesse décorative des représentations font ressortir une volonté d’exalter la fierté locale. João de Vasconcelos semble avoir été le premier natif de Folgosinho à mettre en évidence cette volonté de matérialiser le lien avec le héros.

Leonel Abrantes, également originaire de Folgosinho, est le deuxième acteur de cette matérialisation du héros, cette fois à partir de la fin du XXème siècle. Une fois à la retraite et de retour dans son village natal, il décide d’entreprendre la rédaction d’œuvres concernant sa région. Ainsi, ses premiers ouvrages vont être des monographies sur la Serra da Estrela, sur Linhares[16] et bien sûr, sur Folgosinho. Sa dernière œuvre, "Viriato", est un peu différente des précédentes car elle est plus directement dédiée au héros et à son parcours. Or, vers la fin du livre, il n’est plus question de la vie de Viriathe mais de ses origines. Son objectif est d’étayer par diverses citations, que le "guerrier berger" est originaire de Folgosinho. Son livre, bien qu’édité à très peu d’exemplaires, est présent dans les plus grandes bibliothèques du pays. Il se trouve aussi en vente dans le seul commerce du village dédié à l’artisanat de la région.

En même temps qu’il publie son livre, Leonel Abrantes entreprend de faire édifier une statue de Viriathe à Folgosinho. Pour cela il s’associe avec le maire du village, qui est entrepreneur et qui assume l’aspect matériel, tandis que lui se charge de sa représentation iconographique. Dans un premier temps, ils parcourent le village pour trouver des fonds en vue de la construction de la statue et ainsi mettre à contribution les villageois. En effet, la municipalité ne peut donner l’argent et João de Vasconcelos n’est plus là. C’est donc à un effort collectif que l’on doit la matérialisation de l’image de Viriathe à Folgosinho : en bronze, sur un socle en pierre et avec une vue imprenable sur le village et les environs. Excentrée, ceux qui veulent la voir doivent zigzaguer dans les rues en suivant les panneaux. On ne peut pas dire qu’elle soit, comme les autres représentations, au milieu de l’espace social, insérée dans le quotidien de la communauté. Un habitant raconte : « Ils voulaient la mettre au milieu du forum, mais le peuple ne l’a pas autorisé. Vous imaginez ce que ça serait ? Elle effacerait la structure du forum ! Qu’ils la mettent dans un coin, d’accord, mais au milieu ! Et puis au lieu de la mettre là-haut, s’ils la mettaient à côté de la fontaine, il y a une petite place, au moins tous les gens pourraient la voir. Alors que maintenant pour la voir il faut aller tout en haut du village… » Signe d’une claire volonté de proximité avec le héros qui, à l’instar des fontaines ou de la place centrale, semble manquer avec la statue.

Enfin, il me semble important d’insister davantage sur le fait que l’Etat ne s’est jamais impliqué, directement ou pas, dans cette valorisation du patrimoine à Folgosinho. De fait, les politiques patrimoniales dans ce village sont l’œuvre de quelques érudits locaux. Or, lorsque je me suis adressé aux conseillers municipaux[17] pour en savoir plus sur leur envie de s’engager davantage, il m’a été clairement expliqué que, faute de preuves plus concrètes, rien ne pouvait être assumé. Autrement dit, ils sont dans l’attente que des historiens ou archéologues se décident à faire des recherches in situ pour pouvoir enfin s’investir officiellement dans la valorisation du patrimoine viriatin à Folgosinho.

Avec l’action des entrepreneurs de la mémoire que sont Leonel Abrantes et João de Vasconcelos, en tant que mobilisateurs et organisateurs de démarches œuvrant à sa mise en valeur, les monuments construits au sein de la communauté deviennent, avec son soutien, des lieux de mémoire. Par sa matérialisation, la mémoire acquiert ainsi une dimension spatiale à Folgosinho. João de Vasconcelos et Leonel Abrantes semblent agir en véritables moteurs de la tradition locale. Par leur investissement personnel, ils activent une légende qui n’était représentée que dans la mémoire des habitants, fruit de cet habile mélange de l’histoire avec l’imagination.

Mieux encore, avec la mise en valeur de ces monuments, avec les représentations visuelles du héros local, les villageois peuvent enrichir leur imaginaire, combler un vide visuel. Un habitant se dit satisfait d’être en mesure de « le voir avec sa lance à la main… », et il insiste : « Je ne l’ai jamais vu, ni avec lance ni sans… ». Ainsi, les monuments sont en mesure de rapprocher l’observateur de celui qui est représenté. Ils jouent peut-être le rôle « d’agent ayant un effet sur le monde» attribué par Philippe Descola à la figuration (Descola, 2006 : 167), ceux qui côtoient le monument étant susceptibles d’être contaminés par celui-ci. Il serait intéressant de voir, hormis le fort caractère social dont sont investis certains de ces monuments, si l’on est en mesure de parler d’une harmonie entre ceux-ci et les protagonistes du quotidien. Autrement dit, quelle réaction déclenchent-ils chez les porteurs de la tradition ?

Les habitants entre monument et tradition

Selon Anne Muxel : « il faut le travail multiforme et complexe de la mémoire collective pour que naisse et perdure dans les consciences un héros » (Muxel, 1999 : 97). Par conséquent, il devient manifeste que la mémoire collective assure – plus que tout autre support – la transmission aux habitants de l’image et des valeurs attribuées à Viriathe. Or, après ce que l’on vient de voir, le monument pourrait devenir l’outil de la légende, un outil qui vient confirmer la tradition liée à Viriathe. Dans ce cas, en quoi ces monuments sont-ils agents, et sur quoi agissent-ils ?

Seuls les habitants sont en mesure d’apporter des réponses concrètes, puisqu’ils sont les porteurs de cette mémoire collective. Pour cela, il est important de noter que la quasi-totalité des personnes interrogées au sujet de Viriathe ont eu recours aux monuments pour appuyer leurs discours. À la manière de guides touristiques : dès qu’il était question de Viriathe, ils m’indiquaient le monument le plus proche. Il est néanmoins utile de rappeler qu’ils sont entourés de monuments ; ce village vit en surcharge de patrimoine et de panneaux qui indiquent la présence du héros… Et ce sans que pour autant il soit submergé de touristes. J’étais d’ailleurs très surpris de voir de bonnes infrastructures d’accueil pour les voyageurs – seize chambres d’hôtes, deux restaurants et un magasin consacré à l’artisanat – et de les entendre nier le lien entre le héros et la venue des touristes. Selon eux, ce qui les attire, c’est la neige, les beaux paysages et les produits du terroir. Etant donné que ma visite était hors saison, je n’ai pas pu confirmer cette information en interrogeant d’éventuels visiteurs : j’étais le seul.

En fait, quand il s’agit du héros de Folgosinho, et pour prouver qu’il est bien d’« ici », rien de mieux pour persuader un étranger comme moi que de faire référence aux dits monuments, car après tout : « elles (les plaques à Viriathe) ont une raison d’être, c’est pas par hasard qu’ils mettent des plaques juste parce qu’ils se sont rappelés que Viriathe est passé par ici… »

D’autant que le discours accompagne ces appropriations matérielles de Viriathe : « Il était d’ici, il y a sa statue, sa maison… » Et ainsi, au fil des conversations, les habitants tissent des liens de proximité, d’affinité avec le héros à travers ses représentations : « Je sais que Viriathe est d’ici, il y a sa statue là-haut. » Et cette proximité peut prendre de drôles de contours comme avec cette habitante qui, en me décrivant l’intérieur de la maison[18] mentionnée plus haut comme étant associée à Viriathe, disait avec émotion, à quel point c’était mignon (querido) de voir sa table de chevet, son bureau et même son lit. L’inverse peut se produire avec une confrontation entre deux représentations. En effet, une autre dame, indignée, protestait contre la statue qui l’avait représenté tout noir alors qu’il était si blond[19]

Par ces réactions spontanées, on est en mesure de voir et comprendre à quel point les monuments se projettent dans l’imaginaire de ceux qui les côtoient quotidiennement, et à quel point ils semblent aussi compléter certains éléments absents dans la mémoire collective. Je parle essentiellement d’éléments visuels bien que l’on puisse en apprendre plus sur l’histoire du héros et sa relation avec Folgosinho en lisant certaines plaques ou azulejos, voire, pour les plus curieux, en lisant les livres écrits par les érudits locaux qui défendent l’affiliation entre Viriathe et le village. « C’est important de savoir, et les gens savent, parce qu’ils voient la statue de Viriathe, et puis ils ont même lu dans les livres que la terre de Viriathe est Folgosinho. » Un ensemble de sources qui permettent ainsi de trouver davantage d’arguments pour convaincre les sceptiques et les indécis…

Les habitants sont bien conscients du rôle important que jouent les monuments en tant que porteurs de patrimoine : « Pour Folgosinho la statue est importante car elle transmet à la postérité la tradition qui a toujours existé dans ce village. » C’est un fait ; les monuments sont chargés de sens, c’est désormais avec leur aide que ce patrimoine se transmet aux plus jeunes et aux étrangers. « Ils (les jeunes) ont assisté à l’inauguration, avec une fête, et ça les a marqués. » Ce sont d’ailleurs les plus jeunes qui m’ont révélé le rôle éducatif qui est assumé par le monument pour ceux qui sont de passage : « Ils (les monuments) sont ici pour que les personnes qui viennent puissent les voir. »

Cette fonction de transmission est très importante à propos du monument à Folgosinho. Celle-ci se fait par le biais de l’image du héros proposée mais aussi du texte qui l’accompagne et qui en assure le statut. Un pouvoir transmissif sur le plan iconographique mais aussi indicatif et qui agit sur les spectateurs, tant ceux qui  reconnaissent Viriathe que ceux qui ne le reconnaissent pas : il déclenche des interrogations, des recherches de sens chez ceux qui le regardent sans reconnaître en lui la matérialisation de la mémoire collective, de leur patrimoine social et historique. « On a été voir la statue avec l’école et la maîtresse nous a expliqué, et puis mes oncles m’on raconté aussi qu’il était d’ici. » Le véritable rôle du monument ressort : « Il est naturel que cette jeunesse ait été influencée par le livre et la statue, et qu’ils aient cherché auprès de la famille à raviver cette tradition. » Ainsi cohabitent pacifiquement, et je dirais même s’appuient l’une l’autre, la tradition et sa matérialisation : « Les enfants n’oublient pas car ils savent qu’il est là-bas, qu’il est d’ici, qu’il est né ici. »

Cette tradition est toujours présente, puisque dans le fond elle est la raison d’être du monument. Bien qu’elle s’appuie sur les représentations matérielles pour se perpétuer, elle semble garder son autonomie (« Cette tradition a déjà des siècles. ») et toute sa force : « Non, la tradition ne se perd jamais. La légende reste, la tradition persiste, éternelle. » Jusqu’à cette formule, pouvant suffire à elle seule comme argument : « Je sais juste que c’est vrai parce que c’est une légende et que les légendes sont vraies. » Prenant appui sur l’imaginaire collectif dans ses bricolages de l’histoire de Viriathe comme forme d’appropriation identitaire, ce discours montre à quel point la légende prend place comme vérité partagée par la communauté. C’est la présence de la légende qui sert alors de légitimation de la relation entre les habitants et le héros.

Concrètement, les habitants, se servent en permanence des monuments, et au lieu de les côtoyer quotidiennement dans la passivité et l’indifférence, ils les intègrent, comme il m’a été confié par une résidente : « Les monuments font partie de l’histoire de Folgosinho. » Ainsi, la tradition et le message culturel qu’elle veut transmettre font désormais appel au patrimoine matériel pour sa force figurative et pour son rôle en tant qu’intermédiaire du héros. De la même façon, ces matérialisations ont besoin de ce qui est conservé par la mémoire collective pour donner sens à son existence. On peut de ce fait parler d’une véritable réflexivité entre le monument et la tradition qui habite ce village autour de Viriathe. Le patrimoine matériel historique est devenu le moteur de la légende et assure sa continuité.

Conclusion


La notion de héros ne peut être dissociée de ce que Viriathe représente depuis si longtemps. Celui qui est élu par une communauté, de son vivant  ou après sa mort, puisqu’il est la réunion d’un ensemble de qualités auxquelles, par cette élection, toute la communauté aspire. Le héros se distingue par ses mérites exceptionnels, sa bravoure, ses exploits légendaires, il est le drapeau qui affiche avec fierté les valeurs identitaires du groupe, qui arbore, nourrit et transmet une mémoire collective forte et durable. Mémoire qui devient une véritable revendication identitaire lorsqu’elle se matérialise en monument. Par la représentation du héros, les habitants mettent en scène leur héritage commun et affichent l’homogénéité de leur patrimoine mémoriel. En effet, la tradition et le monument se donnent désormais la main à Folgosinho, c’est ainsi que les habitants en ont décidé. Et en ce sens, les entrepreneurs de la mémoire que furent Leonel Abrantes et João de Vasconcelos parviennent avec efficacité, en matérialisant Viriathe, à assurer la transmission pour la postérité de cette mémoire dont ils étaient les porteurs. Une mémoire qui s’exprime désormais à travers l’espace social que sa représentation occupe.

Mythifié, nationalisé, localisé et enfin matérialisé, Viriathe ne cesse de prendre forme au gré du temps. À la fois guerrier, berger, idéal ou encore patrimoine, il devient immortel et plurivalent. Aussi, nous retiendrons particulièrement sa malléabilité réconciliatrice ; érigé et socialisé en tant que monument, chanté en tant qu’hymne, mais aussi raconté en tant que tradition, Viriathe réussit à unir tous les outils de mise en valeur du héros pour en faire un seul et unique patrimoine historique, social et matériel à Folgosinho. En ce qui concerne la légitimité de cette politique mémorielle, je ne peux m’empêcher de noter qu’à partir de cette tradition, comme régime particulier de rapport au passé, émergent des monuments qui vont alors lui servir de renfort. Ce processus ne répond pas à un mouvement unanime de représentation de la mémoire locale puisqu’il est le fruit d’un groupe restreint. Pourtant, on l’a vu, il n’est pas moins légitime à partir du moment où les habitants font appel aux représentations pour illustrer leurs traditions.

Reprenant le schéma du processus social (social process) dont nous fait part Alfred Gell quant à la manière d’aborder l’œuvre d’art en anthropologie (Gell, 1998), et partant du présupposé que la représentation qu’est le monument est une œuvre d’art, il est possible d’en faire la transposition avec cette malléabilité dont est investi le héros et sa matérialisation. Ainsi, les monuments érigés en l’honneur de Viriathe répondent d’abord à un contexte social (social context), historique et géographique, qui sera le déclencheur de cette matérialisation. Leur réalisation en tant qu’objet, en tant qu’instrument social mais aussi en tant qu’agent actif (index) met en forme une intention de matérialisation de la tradition. Matérialisation mise en oeuvre par la volonté des acteurs qu’ont été Leonel Abrantes et João de Vasconcelos (social agent). Enfin, le monument sera amené à interagir avec les récepteurs (recipient), c'est-à-dire, les habitants de Folgosinho, qui à leur tour assureront l’enrichissement et la continuité de leur lien traditionnel avec Viriathe. Le héros garantit ainsi sa place auprès des villageois par le biais du patrimoine qui devient la métaphore du mélange entre histoire et légende.

Mais je pense aussi à ce que m’a dit la veuve de Leonel Abrantes au sujet de doutes dans la transmission : « Aujourd’hui le monde est un village, les jeunes sont en contact avec le monde entier, il est donc difficile qu’ils prêtent attention à Viriathe comme nous dans le passé. » Je relève ce détail non négligeable qui peut en effet menacer la tradition, surtout si on le relie avec ce que dit Claudie Voisenat : « quelle est l’importance réelle des héros nationaux dans nos sociétés où les personnages médiatiques sont de plus en plus nombreux et éphémères et où le phénomène de “globalisation” des cultures rend sans aucun doute Madona plus populaire que Jeanne d’Arc ou Garibaldi ? » (Voisenat, 1999)

Et si, en dépit de ce qui a été vu, je prends pour vérité ce que m’a confié le Professeur Guerrinha, pour qui les habitants de Folgosinho vivent  « une situation très pacifique et passive » au sujet de Viriathe, je me demande comment va évoluer ce patrimoine si spécifique à Folgosinho. Et je suis encore plus intrigué après avoir interrogé les conseillers municipaux qui m’ont dit à plusieurs reprises qu’ils étaient au courant de ce patrimoine devenu tangible. L’un a ajouté : « Si l’on pouvait démontrer quelque chose, on pourrait avoir là-bas une chose intéressante culturellement et touristiquement, ce qui pour nous, région de l’intérieur qui devons trouver tous les arguments pour nous vendre, serait très bon. Dans ce sens la mairie est toujours disponible. »

Une étrange réalité nous est donnée à voir, il ne s’agit plus de défendre l’intégrité territoriale mais de survivre en termes d’identité locale, dans un monde qui abolit progressivement les frontières : « Viriathe et la Lusitanie représentent la portion de nous-mêmes qui résiste à la voracité de cette globalisation (…). » (Sousa Verissimo, 1997 : 90) Dans ce rappel au particularisme identitaire local la projection patriotique du héros se voit ainsi progressivement remplacée par une véritable réappropriation locale comme relais à sa faiblissante dimension nationale. Jusqu’où doit évoluer ce bricolage de Viriathe pour qu’il soit véritablement pris en charge par les pouvoirs politiques locaux en tant que figure touristique ?

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[1] L’idée du héros retenue ici est celle d’un personnage dont les hauts faits l’élèvent en personnalité incarnant les systèmes de valeurs et idéaux de force d'âme et d'élévation morale de toute une communauté.

[2] Parmi les nombreux peuples qui habitaient la Péninsule Ibérique au IIe avant notre ère on trouve celui des Lusitaniens. Il était considéré par plusieurs auteurs comme le plus grand des peuples de la Péninsule et celui qui fit face avec le plus d’ardeur à l’invasion romaine.

[3] Folgosinho est un village d’environ cinq cent habitants, qui se trouve au centre Nord-Est du Portugal.

[4] Les azulejos sont des mosaïques peintes très répandues dans le pays et souvent utilisées pour des représentations soit de la vie quotidienne dans les champs soit de faits historiques, soit de la nature. La plupart des dessins sont bleus (azul) sur fond blanc.

[5] Si l’on traduit directement le mot Adro je devrais dire parvis, mais compte tenu de la configuration du lieu et de la fonction sociale dont il est investi, il m’a semblé plus approprié d’employer le terme place centrale.

[6] Un Préteur (du latin Praetor) était un magistrat romain hiérarchiquement inférieur au Consul. Il avait la charge de gouverner une province romaine et avait sous son commandement une armée capable d’assurer la sécurité dans toute la province.

[7] Il semble important de préciser que les attributs attribués à Viriathe son pour la plupart arbitraires puisqu’aucune source antique n’en fait mention.

[8] Du moins si on prend pour référence les textes latins décrivant le territoire des Lusitaniens.

[9] C’était le nom donné par les Romains à la montagne qui est aujourd’hui appelée Serra da Estrela qui en portugais veut dire mont de l’étoile.

[10] Le terme de Herminius Mons désigne une vaste région qui s’étend entre le Tage et le Douro et dans laquelle se trouvent de nombreuses localités. De plus, les textes helléniques à son sujet ignoraient d’où il venait exactement.

[11] Le mont Saint Tiago s’élève à 1560 mètres et se situe à  environ quatre kilomètres au Sud de Folgosinho.

[12] Selon les textes helléniques Viriathe était lui-même berger.

[13] Il est important de rappeler que Folgosinho, faisant partie de la réserve naturelle de la Serra da Estrela, ses habitants et leurs activités sont soumis à des restrictions liées à la préservation de la faune et la flore. Ainsi une grande partie des terres qui étaient destinées aux bergers sont désormais des forêts protégées. Par conséquent, aujourd’hui, les bergers de Folgosinho ne dépassent pas la dizaine et surtout leur bétail est très réduit. On m’a fait part de trois bergers originaires de Folgosinho qui ont dû partir avec leurs milliers de bêtes (moutons et chèvres) puisqu’ils n’avaient plus où les faire paître.

[14] Frei Agostinho de Santa Maria, livre Mariano, LX1712, tome IV, Liv.II, tit. LIX.

[15] Le style manuelin aussi appelé gothique tardif ou flamboyant, est un style architectural bien défini au Portugal. Son nom vient du fait qu’il prend son point de départ pendant le royaume de Dom Manuel, roi du Portugal entre 1495 et 1521.

[16] Linhares est un village qui se trouve à environ dix kilomètres à l’Est de Folgosinho.

[17] Ces conseillers municipaux travaillent à la mairie de Gouveia, ville qui a la charge municipale de Folgosinho.

[18] Si la maison n’est pas habitée elle ne fait pas l’objet d’une quelconque muséification de son intérieur.

[19] Au cas où il y aurait un doute je tiens à préciser que malgré mes recherches approfondies sur Viriathe, je n’ai jamais eu l’occasion de voir une représentation où il soit blond.

Viriathe

Référence électronique
Manuel Neves (2013), « Viriathe est là : quand le héros antique s’invite dans le présent ». Émulations, décembre 2013. 
URL : http://www.revue-emulations.net/enligne/Neves 





Image : "Statue of Viriato, at Viseu, Portugal"
Date : 16 mars 2006
Source : Wikimedia Commons
Auteur : Nuno Tavares