Adrian Parr - The Deleuze Dictonary

publié le 27 janv. 2011 à 07:07 par Émulations Revue   [ mis à jour : 27 janv. 2011 à 07:34 ]

Par Stéphane Baele (Université de Namur)

« Why a Deleuze dictionary ? it might seem a particularly craven, disrespectful, literal-minded and reactive project to form a Deleuze dictionary.» C’est par cette question et ce constat de paradoxe apparent que Claire Colebrook ouvre le premier dictionnaire consacré à la conceptuelle du philosophe français Gilles Deleuze. C’est qu’effectivement, tant la pensée de l’auteur de Nietzsche et la philosophie ou du diptyque hydresque Capitalisme et Schizophrénie se fonde sur le principe d’une ontologie de la différence et de la mobilité, tant sa forme a emprunté les détours parfois abscons imposés par le choix affirmé d’une adéquation entre épistémologie et ontologie, qu’il semblait impossible et surtout traître de fixer et enfermer le mouvement deleuzien dans un dictionnaire, qui, après tout, est censé édicter l’immuable. 

Éditeur du Deleuze Dictionary , Adrian Parr a relevé le défi imposé par cette apparente contradiction. En s’entourant d’une vingtaine d’auteurs, dont de nombreux Australiens mais surtout sans aucun francophone, il a su créer les conditions de réussite de son projet. Non seulement le format des définitions (de courts articles d’une ou deux pages, avec indication des liens vers d’autres sujets proches, se présentent parfois sous la forme d’additions – comme par exemple l’entrée « control society + state theory »), mais aussi l’impressionnante conscience de l’esprit deleuzien – plus impérative encore que la connaissance analytique des textes – démontrée par les auteurs, déjouent le piège du statisme. Avec une introduction de six pages en véritable pamphlet indirect contre les adeptes de l’épistémologie philosophique unique, avec un ensemble d’articles hétéroclites de grande qualité unis par une conscience commune forte, et dans un style accessible, force est d’avouer que cet ouvrage confirme la vitalité de la particulière et parfois ostracisée école « postmoderne » anglo-saxonne, et plus précisément australienne. D’une seule voix, le collectif publié ici par les Presses Universitaires d’Edinburgh met à la disposition des lecteurs de Deleuze – débutants comme expérimentés – un ouvrage de référence, dont le dernier des mérites n’est sans doute pas d’avoir du même coup proposé un système enfin cohérent de traduction du français vers l’anglais. On remarquera aussi, dans la foulée, les ouvrages corollaires de ce dictionnaire, tous parus aux Edinburgh University Press sous la collection unique « Deleuze Connections », comme par exemple Deleuze and the Social , ou Deleuze and Geophilosophy , et qui font montre des mêmes qualités que l’ouvrage édité par Adrian Parr. 


[1] Bonta M., Protolevi J., Deleuze and Geophilosophy. Edinburgh: Edinburgh University Press, Deleuze Connections, 2006. 
Et : Fuglsang M., Sorensen B.M., ed., Deleuze and the Social, Edinburgh: Edinburgh University Press, Deleuze 
Connections, 2006.


Référence complète : 
The Deleuze Dictionary, Parr A., Edinburgh, Edinburgh University Press, 20051[1]